Cyberpoète

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dimanche, janvier 1 2017

Guillaume Apollinaire - Le pont Mirabeau

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(Marie Laurencin - 1908)

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
  Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
  Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
  Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
  Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

dimanche, décembre 11 2016

Louis Aragon - Il n'y a pas d'amour heureux

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Louis Aragon & Elsa Triolet, 42 ans d'amour, malgré le titre du poème, il s'agit bien d'une belle histoire d'amour.

Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
À quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
Il n'y a pas d'amour heureux

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux.

Extrait de "La Diane Française" - 1944

mardi, novembre 22 2016

Marguerite de NAVARRE - Cantique spirituel

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Je n'ai plus ni père, ni mère,
Ni soeur, ni frère
Sinon Dieu seul auquel j'espère,
Qui sur le ciel et terre impère ;
Là-haut, là-bas,
Tout par compas ;
Compère, commère,
Voici vie prospère.

Je suis amoureux non en ville,
Ni en maison, ni en château,
Ce n'est de femme ni de fille
Mais du seul bon, puissant et beau :
C'est mon Sauveur
Qui est vainqueur
De péché, mal, peine et douleur ;
Et a ravi à soi mon coeur.
Je n'ai plus, etc.

J'ai mis du tout en oubliance
Le monde et parents et amis,
Biens et honneurs en abondance,
Et les tiens pour mes ennemis.
Fi de tels biens,
Dont les liens
Par Jésus-Christ sont mis à rien,
A fin que nous soyons des siens.
Je n'ai plus, etc.

Je parle, je ris et je chante
Sans avoir souci ni tourment,
Amis et ennemis je hante,
Trouvant partout contentement :
Car par la Foi
En tous je voi
Leur vie, qui est, je le croi,
Tout en Tout, mon Dieu et mon Roi.
Je n'ai plus, etc.

Or puis donc que Dieu est leur vie,
Et que je le crois Tout en tous,
Il est mon ami et m'amie,
Père, Mère, Frère et Époux ;
C'est mon espoir
Mon sûr savoir ;
Mon Étre, ma force, pouvoir,
Qui m'a sauvé par son vouloir.
Je n'ai plus, etc.

Las ! que faut-il plus à mon âme
Qui est tirée en si bon lieu,
Sinon se laisser en la flamme
Brûler de cette amour de Dieu ?
Et en brûlant,
Le consolant
D'amour, qui rend le coeur volant,
Et sans fin la bouche parlant,
Je n'ai plus, etc.

Amis contemplez quelle joie
J'ai, étant délivre de moi,
Et remis en la sûre voie
Hors des ténèbres de la Loi.
Ce réconfort
Est si très fort,
Que rien plus ne désire, au fort
Qu'être uni à lui par ma Mort.
Je n'ai plus, etc.

samedi, octobre 29 2016

Georges de Scudéry - La Belle Égyptienne

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Sombre divinité, de qui la splendeur noire
Brille de feux obscurs qui peuvent tout brûler :
La neige n'a plus rien qui te puisse égaler,
Et l'ébène aujourd'hui l'emporte sur l'ivoire.


De ton obscurité vient l'éclat de ta gloire,
Et je vois dans tes yeux, dont je n'ose parler,
Un Amour africain, qui s'apprête à voler,
Et qui d'un arc d'ébène aspire à la victoire.


Sorcière sans démons, qui prédis l'avenir,
Qui, regardant la main, nous viens entretenir,
Et qui charmes nos sens d'une aimable imposture :


Tu parais peu savante en l'art de deviner ;
Mais sans t'amuser plus à la bonne aventure,
Sombre divinité, tu nous la peux donner.

jeudi, septembre 8 2016

Être Ange - Jacques Prévert



« Être ange
C’est étrange
Dit l’ange
Être âne
C’est étrâne
Dit l’âne
Cela ne veut rien dire
Dit l’ange en haussant les ailes
Pourtant
Si étrange veut dire quelque chose
étrâne est plus étrange qu’étrange
Dit l’âne
Étrange est
Dit l’ange en tapant des pieds
Étranger vous-même
Dit l’âne
Et il s’envole. »

Jacques prévert

mercredi, septembre 7 2016

Henri Michaux - LE GRAND COMBAT

Guernica - Picasso


Il l'emparouille et l'endosque contre terre ;
Il le rague et le roupéte jusqu'à son drâle ;
Il le pratéle et le libucque et lui baroufle les ouillais ;
Il le tocarde et le marmine,
Le manage rape à ri et ripe à ra.
Enfin il l'écorcobalisse.
L'autre hésite, s'espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
C'en sera bientôt fini de lui ;
Il se reprise et s'emmargine... mais en vain
Le cerveau tombe qui a tant roulé.
Abrah ! Abrah ! Abrah !
Le pied a failli !
Le bras a cassé !
Le sang a coulé !
Fouille, fouille, fouille,
Dans la marmite de son ventre est un grand secret.
Mégères alentours qui pleurez dans vos mouchoirs; 
On s'étonne, on s'étonne, on s'étonne
Et on vous regarde,
On cherche aussi, nous autres le Grand Secret.

« Papa, fais tousser la baleine », dit l'enfant confiant.
Le tibétain, sans répondre, sortit sa trompe à appeler l'orage
et nous fûmes copieusement mouillés sous de grands éclairs.
Si la feuille chantait, elle tromperait l'oiseau.

(Qui je fus Gallimard, 1927)

dimanche, septembre 4 2016

SAADI - La Grandeur d'âme

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La grandeur d'âme est dans la générosité;
la noblesse de l'âme est dans la modestie;
donc, de tout être humain, qui n'a point l'un et l'autre
la disparition vaut mieux que l'existence.
Ô toi qui vit dans le bien-être et l'abondance,
ne te laisse donc point séduire par ce monde!
La possibilité d'être éternellement
devient inconcevable à l'étape où tu es.
Toi qui te trouve dans l'extrême pauvreté
et dans le désarroi, patience! L'existence
faite de quelques jours comptés, aura sa fin.
C'est le même soleil -source éclairant le monde
aujourd'hui, que celui qui jadis resplendit
sur les lieux du repos des peuples légendaires.
Et ne vois-tu donc pas que la terre d'Egypte
nous rend toujours joyeux, et cependant recouvre
les corps des Pharaons et de leurs légions?
Tous les biens d'ici-bas n'ont pas telle valeur
qu'ils nous dirigent vers l'envie, ô mon cher frère!
L'envieux ne durera n'ont plus que l'envié.
Ne détruis donc pas ta valeur par des pêchés et des hochets,
si tu as solide croyance en la journée du Jugement,
quand tu élèveras tes mains vers le Seigneur
clément et miséricordieux, Celui qui pardonne et qui aime,
Lui qui est adoré de la terre aux Pléiades
par litanie, prière et prosternation.

(extrait de l'anthologie de la poésie persane)

dimanche, juillet 3 2016

Jean Anouilh - La Cigale

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La cigale ayant chanté
Tout l’été,
Dans maints casinos, maintes boîtes
Se trouva fort bien pourvue
Quand la bise fut venue.
Elle en avait à gauche, elle en avait à droite,
Dans plusieurs établissements.
Restait à assurer un fécond placement.
Elle alla trouver un renard,
Spécialisé dans les prêts hypothécaires
Qui, la voyant entrer l’œil noyé sous le fard,
Tout enfantine et minaudière,
Crut qu’il tenait la bonne affaire.
« Madame, lui dit-il, j’ai le plus grand respect
Pour votre art et pour les artistes.
L’argent, hélas ! n’est qu’un aspect
Bien trivial, je dirais bien triste,
Si nous n’en avions tous besoin,
De la condition humaine.
L’argent réclame des soins.
Il ne doit pourtant pas devenir une gêne.
À d’autres qui n’ont pas vos dons de poésie
Vous qui planez, laissez, laissez le rôle ingrat
De gérer vos économies,
À trop de bas calculs votre art s’étiolera.
Vous perdriez votre génie.
Signez donc ce petit blanc-seing
Et ne vous occupez de rien. »
Souriant avec bonhomie,
« Croyez, Madame, ajouta-t-il, je voudrais, moi,
Pouvoir, tout comme vous, ne sacrifier qu’aux muses ! »
Il tendait son papier. « Je crois que l’on s’amuse »,
Lui dit la cigale, l’œil froid.
Le renard, tout sucre et tout miel,
Vit un regard d’acier briller sous le rimmel.
« Si j’ai frappé à votre porte,
Sachant le taux exorbitant que vous prenez,
C’est que j’entends que la chose rapporte.
Je sais votre taux d’intérêt.
C’est le mien. Vous l’augmenterez
Légèrement, pour trouver votre bénéfice.
J’entends que mon tas d’or grossisse.
J’ai un serpent pour avocat.
Il passera demain discuter du contrat. »
L’œil perdu, ayant vérifié son fard,
Drapée avec élégance
Dans une cape de renard
(Que le renard feignit de ne pas avoir vue),
Elle précisa en sortant :
« Je veux que vous prêtiez aux pauvres seulement… »
(Ce dernier trait rendit au renard l’espérance.)
« Oui, conclut la cigale au sourire charmant,
On dit qu’en cas de non-paiement
D’une ou l’autre des échéances,
C’est eux dont on vend tout le plus facilement. »
Maître Renard qui se croyait cynique
S’inclina. Mais depuis, il apprend la musique.

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La complainte de Mi

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Sur l’île d'Océalys est organisé tout les ans un grand concours de troubadours. Le meilleurs d'entre eux se verra offrir la protection du roi Arl pendant une année.

Peyre, un noble issu de l’île des vertes vallées, rêve de participer au concours, ce qui n'est pas du tout du goût de son père, Pelras, le chef de la ligue des mercenaires, une confrérie de nobles défendant un retour aux valeurs guerrières anciennes.
Le jeune homme décide de fuir le destin tout tracé par son père avec son amie d'enfance Zinèle.

Pendant ce temps, se trame sur Océalys des événements étranges ;
une secte religieuse annonce la venue d'un Élu qui va changer le monde,
un mouvement de révolte parmi des peuples anciens du royaume apparaît autour d'un archer qui sème la terreur,
le propre frère du roi : Jam l'insurgé, complote pour prendre le pouvoir.


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