Cyberpoète

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi, novembre 22 2016

Marguerite de NAVARRE - Cantique spirituel

Marguerite-de-Navarre.jpg

Je n'ai plus ni père, ni mère,
Ni soeur, ni frère
Sinon Dieu seul auquel j'espère,
Qui sur le ciel et terre impère ;
Là-haut, là-bas,
Tout par compas ;
Compère, commère,
Voici vie prospère.

Je suis amoureux non en ville,
Ni en maison, ni en château,
Ce n'est de femme ni de fille
Mais du seul bon, puissant et beau :
C'est mon Sauveur
Qui est vainqueur
De péché, mal, peine et douleur ;
Et a ravi à soi mon coeur.
Je n'ai plus, etc.

J'ai mis du tout en oubliance
Le monde et parents et amis,
Biens et honneurs en abondance,
Et les tiens pour mes ennemis.
Fi de tels biens,
Dont les liens
Par Jésus-Christ sont mis à rien,
A fin que nous soyons des siens.
Je n'ai plus, etc.

Je parle, je ris et je chante
Sans avoir souci ni tourment,
Amis et ennemis je hante,
Trouvant partout contentement :
Car par la Foi
En tous je voi
Leur vie, qui est, je le croi,
Tout en Tout, mon Dieu et mon Roi.
Je n'ai plus, etc.

Or puis donc que Dieu est leur vie,
Et que je le crois Tout en tous,
Il est mon ami et m'amie,
Père, Mère, Frère et Époux ;
C'est mon espoir
Mon sûr savoir ;
Mon Étre, ma force, pouvoir,
Qui m'a sauvé par son vouloir.
Je n'ai plus, etc.

Las ! que faut-il plus à mon âme
Qui est tirée en si bon lieu,
Sinon se laisser en la flamme
Brûler de cette amour de Dieu ?
Et en brûlant,
Le consolant
D'amour, qui rend le coeur volant,
Et sans fin la bouche parlant,
Je n'ai plus, etc.

Amis contemplez quelle joie
J'ai, étant délivre de moi,
Et remis en la sûre voie
Hors des ténèbres de la Loi.
Ce réconfort
Est si très fort,
Que rien plus ne désire, au fort
Qu'être uni à lui par ma Mort.
Je n'ai plus, etc.

samedi, octobre 29 2016

Georges de Scudéry - La Belle Égyptienne

__35.JPG


Sombre divinité, de qui la splendeur noire
Brille de feux obscurs qui peuvent tout brûler :
La neige n'a plus rien qui te puisse égaler,
Et l'ébène aujourd'hui l'emporte sur l'ivoire.


De ton obscurité vient l'éclat de ta gloire,
Et je vois dans tes yeux, dont je n'ose parler,
Un Amour africain, qui s'apprête à voler,
Et qui d'un arc d'ébène aspire à la victoire.


Sorcière sans démons, qui prédis l'avenir,
Qui, regardant la main, nous viens entretenir,
Et qui charmes nos sens d'une aimable imposture :


Tu parais peu savante en l'art de deviner ;
Mais sans t'amuser plus à la bonne aventure,
Sombre divinité, tu nous la peux donner.

jeudi, septembre 8 2016

Être Ange - Jacques Prévert



« Être ange
C’est étrange
Dit l’ange
Être âne
C’est étrâne
Dit l’âne
Cela ne veut rien dire
Dit l’ange en haussant les ailes
Pourtant
Si étrange veut dire quelque chose
étrâne est plus étrange qu’étrange
Dit l’âne
Étrange est
Dit l’ange en tapant des pieds
Étranger vous-même
Dit l’âne
Et il s’envole. »

Jacques prévert

mercredi, septembre 7 2016

Henri Michaux - LE GRAND COMBAT

Guernica - Picasso


Il l'emparouille et l'endosque contre terre ;
Il le rague et le roupéte jusqu'à son drâle ;
Il le pratéle et le libucque et lui baroufle les ouillais ;
Il le tocarde et le marmine,
Le manage rape à ri et ripe à ra.
Enfin il l'écorcobalisse.
L'autre hésite, s'espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
C'en sera bientôt fini de lui ;
Il se reprise et s'emmargine... mais en vain
Le cerveau tombe qui a tant roulé.
Abrah ! Abrah ! Abrah !
Le pied a failli !
Le bras a cassé !
Le sang a coulé !
Fouille, fouille, fouille,
Dans la marmite de son ventre est un grand secret.
Mégères alentours qui pleurez dans vos mouchoirs; 
On s'étonne, on s'étonne, on s'étonne
Et on vous regarde,
On cherche aussi, nous autres le Grand Secret.

« Papa, fais tousser la baleine », dit l'enfant confiant.
Le tibétain, sans répondre, sortit sa trompe à appeler l'orage
et nous fûmes copieusement mouillés sous de grands éclairs.
Si la feuille chantait, elle tromperait l'oiseau.

(Qui je fus Gallimard, 1927)

dimanche, septembre 4 2016

SAADI - La Grandeur d'âme

Saadi_2.gif


La grandeur d'âme est dans la générosité;
la noblesse de l'âme est dans la modestie;
donc, de tout être humain, qui n'a point l'un et l'autre
la disparition vaut mieux que l'existence.
Ô toi qui vit dans le bien-être et l'abondance,
ne te laisse donc point séduire par ce monde!
La possibilité d'être éternellement
devient inconcevable à l'étape où tu es.
Toi qui te trouve dans l'extrême pauvreté
et dans le désarroi, patience! L'existence
faite de quelques jours comptés, aura sa fin.
C'est le même soleil -source éclairant le monde
aujourd'hui, que celui qui jadis resplendit
sur les lieux du repos des peuples légendaires.
Et ne vois-tu donc pas que la terre d'Egypte
nous rend toujours joyeux, et cependant recouvre
les corps des Pharaons et de leurs légions?
Tous les biens d'ici-bas n'ont pas telle valeur
qu'ils nous dirigent vers l'envie, ô mon cher frère!
L'envieux ne durera n'ont plus que l'envié.
Ne détruis donc pas ta valeur par des pêchés et des hochets,
si tu as solide croyance en la journée du Jugement,
quand tu élèveras tes mains vers le Seigneur
clément et miséricordieux, Celui qui pardonne et qui aime,
Lui qui est adoré de la terre aux Pléiades
par litanie, prière et prosternation.

(extrait de l'anthologie de la poésie persane)

dimanche, juillet 3 2016

Jean Anouilh - La Cigale

anouilh2.jpg

La cigale ayant chanté
Tout l’été,
Dans maints casinos, maintes boîtes
Se trouva fort bien pourvue
Quand la bise fut venue.
Elle en avait à gauche, elle en avait à droite,
Dans plusieurs établissements.
Restait à assurer un fécond placement.
Elle alla trouver un renard,
Spécialisé dans les prêts hypothécaires
Qui, la voyant entrer l’œil noyé sous le fard,
Tout enfantine et minaudière,
Crut qu’il tenait la bonne affaire.
« Madame, lui dit-il, j’ai le plus grand respect
Pour votre art et pour les artistes.
L’argent, hélas ! n’est qu’un aspect
Bien trivial, je dirais bien triste,
Si nous n’en avions tous besoin,
De la condition humaine.
L’argent réclame des soins.
Il ne doit pourtant pas devenir une gêne.
À d’autres qui n’ont pas vos dons de poésie
Vous qui planez, laissez, laissez le rôle ingrat
De gérer vos économies,
À trop de bas calculs votre art s’étiolera.
Vous perdriez votre génie.
Signez donc ce petit blanc-seing
Et ne vous occupez de rien. »
Souriant avec bonhomie,
« Croyez, Madame, ajouta-t-il, je voudrais, moi,
Pouvoir, tout comme vous, ne sacrifier qu’aux muses ! »
Il tendait son papier. « Je crois que l’on s’amuse »,
Lui dit la cigale, l’œil froid.
Le renard, tout sucre et tout miel,
Vit un regard d’acier briller sous le rimmel.
« Si j’ai frappé à votre porte,
Sachant le taux exorbitant que vous prenez,
C’est que j’entends que la chose rapporte.
Je sais votre taux d’intérêt.
C’est le mien. Vous l’augmenterez
Légèrement, pour trouver votre bénéfice.
J’entends que mon tas d’or grossisse.
J’ai un serpent pour avocat.
Il passera demain discuter du contrat. »
L’œil perdu, ayant vérifié son fard,
Drapée avec élégance
Dans une cape de renard
(Que le renard feignit de ne pas avoir vue),
Elle précisa en sortant :
« Je veux que vous prêtiez aux pauvres seulement… »
(Ce dernier trait rendit au renard l’espérance.)
« Oui, conclut la cigale au sourire charmant,
On dit qu’en cas de non-paiement
D’une ou l’autre des échéances,
C’est eux dont on vend tout le plus facilement. »
Maître Renard qui se croyait cynique
S’inclina. Mais depuis, il apprend la musique.

dimanche, juin 5 2016

Jean Pellerin - l'Autobus ivre

Pellerin_Dufy_s.jpgJean Pellerin est un poète membre de l'école fantaisiste. Né en 1885 et mort en 1921 d'une tuberculose sans doute contractée lors de la grande guerre. Il a fait partie de milliers d'hommes ayant participer a la rude bataille d'Ypres.

Son œuvre est parsemée de pastiches, art dans lequel il excellait, Le poème ci après est un extrait du recueil "Le Copiste indiscret" un ensemble de textes "à la manière de..." publié chez Albin Michel en 1919. 

L’Autobus ivre

Jean-Arthur Rimbaud

Comme je descendais une rue impossible,
Je ne me sentis plus guidé par le chauffeur.
Des grévistes hurleurs le choisissant pour cible
L’écartelaient tout nu sur le seuil d’un coiffeur.

J’étais insoucieux des cargaisons moroses.
Porteur de ronds de cuir, d’un contrôleur hongré,
Je quittai mon chemin comme un vers sort des proses ;
Le volant m’a laissé me ruer à mon gré.

Dans les hululements farouches de la rue,
Moi, l’autre jour, plus fou qu’un cerveau d’éléphant,
Je bondis, et l’avion qui pétarade et rue
N’a pas connu d’envol plus large et triomphant.

Et je me suis saoulé de la ville conquise,
Des vitrines, miroir paré comme un étang,
Du pavé savoureux où, confiture exquise
Et fraîche, un écrasé joyeux parfois s’étend.

Je sais les pastels mous sur les quais en délire,
La poubelle accroupie et brûlant ses parfums.
L’immeuble de carton vibrant comme une lyre
Pleurant à mon galop tous ses rêves défunts.

J’ai suivi librement vos chaînes d’émeraudes,
Baisers phosphorescents, lampadaires à arc,
Peignoirs éclos d’amour devant les maisons chaudes,
Somnolence viride et revêche du parc.

Et moi, l’autobus G, au vilebrequin ivre,
Avaleur de refuge et peigneur de trolleys,
Plus affamé d’essence et d’azur qu’une guivre,
Raclant mes garde-boue au ventre des palais,

Je regrette le calme et morne itinéraire,
Le wattman orgueilleux, au signe inattentif,
La voix du quémandeur hargneux de numéraire,
L’arrêt obligatoire et le facultatif.

Assez ! j’ai trop chauffé ! J’ai vidé tout mon rêve !
Le macadam est fade et sent le galipot.
Que fondent mes segments, que mon réservoir crève,
Que s’évade une roue et que j’aille au Dépôt

vendredi, mai 27 2016

Aimé Césaire - Partir

Aimé Césaire est un grand poète martiniquais, né en 1913 et mort en 2008.

En 1939, il pubiie les "Cahier d'un retour au pays natal", un texte en vers libre inspiré du surréalisme et qui sera encensé par André Breton. C'est le point de départ du mouvement de la négritude et du combat de Césaire contre le colonialisme.

Oeuvre incantatoire, puisant son inspiration au plus profond de la conscience universelle, ce texte majeur de la poésie francophone marque le point de départ d'une prise de conscience profonde des écrivains noirs et créoles. 

Ces un texte hypnotique, fort à lire absolument, en voici un extrait.




Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture
on pouvait à n’importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer – parfaitement le tuer – sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d’excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu’on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d’une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?

Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je
dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies,
humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l’oeil des mots
en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.
Et vous fantômes montez bleus de chimie d’une forêt de bêtes traquées de machines tordues d’un jujubier de chairs pourries d’un panier d’huîtres d’yeux d’un lacis de lanières découpées dans le beau sisal d’une peau d’homme j’aurais des mots assez vastes pour vous contenir
et toi terre tendue terre saoule
terre grand sexe levé vers le soleil
terre grand délire de la mentule de Dieu
terre sauvage montée des resserres de la mer avec
dans la bouche une touffe de cécropies
terre dont je ne puis comparer la face houleuse qu’à
la forêt vierge et folle que je souhaiterais pouvoir en
guise de visage montrer aux yeux indéchiffreurs des
hommes

Il me suffirait d’une gorgée de ton lait jiculi pour qu’en toi je découvre toujours à même distance de mirage – mille fois plus natale et dorée d’un soleil que n’entame nul prisme – la terre où tout est libre et fraternel, ma terre.

Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir… j’arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J’ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte… Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse… »

- page 1 de 165

La complainte de Mi

51ciOVSBOjL._AA324_PIkin4_BottomRight_-60_22_AA346_SH20_OU08_.jpg

Sur l’île d'Océalys est organisé tout les ans un grand concours de troubadours. Le meilleurs d'entre eux se verra offrir la protection du roi Arl pendant une année.

Peyre, un noble issu de l’île des vertes vallées, rêve de participer au concours, ce qui n'est pas du tout du goût de son père, Pelras, le chef de la ligue des mercenaires, une confrérie de nobles défendant un retour aux valeurs guerrières anciennes.
Le jeune homme décide de fuir le destin tout tracé par son père avec son amie d'enfance Zinèle.

Pendant ce temps, se trame sur Océalys des événements étranges ;
une secte religieuse annonce la venue d'un Élu qui va changer le monde,
un mouvement de révolte parmi des peuples anciens du royaume apparaît autour d'un archer qui sème la terreur,
le propre frère du roi : Jam l'insurgé, complote pour prendre le pouvoir.


a acheter ici