Cyberpoète

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dimanche, juillet 6 2014

Jacques Prevert - Il ne faut pas

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II ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les allumettes
Parce que Messieurs quand on le laisse seul
Le monde mental Messssieurs
N’est pas du tout brillant
Et sitôt qu’il est seul
Travaille arbitrairement
S’érigeant pour soi-même
Et soi-disant généreusement en l’honneur des travailleurs du bâtiment
Un auto-monument
Répétons-le Messssssieurs
Quand on le laisse seul
Le monde mental
Ment
Monumentalement.

samedi, juillet 5 2014

Louisa Siefert - intérieur.

siefert.jpgLouisa Siefert est né a Lyon en 1845 et morte a 32 ans de la tuberculose 

Elle a côtoyé Victor Hugo, Sainte Beuve ou Michelet. Ses poèmes connurent un grand succès en leur temps, mais après sa mort prématurée elle sombra vite dans l'oubli.

Elle est l'arrière grand tante du chanteur Renaud.

Un extrait du recueil Rayons perdus, paru en 1869.




La voix haute et profonde
Qu’au loin jette le monde
Ne parvient pas ici.
Théophile Gautier.

La maison est petite & de peu d’apparence,
Le soleil en hiver ne la visite pas
Et du nord ou du sud ne fait point différence.
Le toit d’en face est haut & celui-ci très-bas.

Le bonheur seul y brille & réchauffe les âmes.
Il semble, en entrant là, que l’air soit plus léger,
Que les feux au foyer aient de plus claires flammes,
Que le temps ait promis de n’y rien déranger.


L’ordre, la propreté, la candeur, l’harmonie,
Des livres & des fleurs, un goût sûr & charmant,
Mais surtout une paix, une paix infinie
Comme dans un tableau hollandais ou flamand.

Du seuil jusqu’au salon & jusqu’à la cuisine,
Tout rassérène & plaît. Même on dirait qu’ici
Plats creux & pots ventrus ont plus hautaine mine,
Tant ils sont reluisants contre le mur noirci.

Soulevant les rideaux du doigt, elle se penche
Et regarde, malgré qu’on n’y puisse plus voir ;
Dans la pièce voisine elle a, de sa main blanche,
Tout préparé déjà pour le repas du soir.

Elle revient souffler les bûches dans les cendres,
Car le vent froid du nord redouble avec la nuit,
Et, sans cesse inventant de petits soins plus tendres,
Retourne sur la rue épier chaque bruit.

À la porte soudain elle court & s’empresse
D’aller ouvrir : « — Enfin, ce sont ses pas, c’est lui ! »
Il entre & c’est alors maint propos de tendresse :
« — Oh ! viens vite, mon Dieu ! qu’il est tard aujourd’hui ! »


Puis on se met à table & l’on rit & l’on cause
De tout ce qu’on a fait chacun de son côté,
On se répète encore, on redit même chose
Et l’on conte toujours quand on a tout conté.

Alors vient la veillée & le couple travaille,
L’un près de l’autre assis ; il écrit, elle coud.
Ils se taisent, à moins qu’en rêvant elle n’aille
À l’oreille, tout bas, lui dire tout à coup :

« — Écoute, j’ai pour toi dans l’âme une élégie :
« Tiens, prends-la, je l’ai faite à la chute du jour.
« Toi loin, quoi faire, moi ? je n’ai plus d’énergie
« Si ce n’est pour t’aimer & chanter mon amour ! »

Dans le cabinet sombre aux brunes boiseries,
Où la science est jointe à l’art pur, on n’entend
Que le doux bruit de voix des longues causeries,
De celles où le cœur se livre & se détend.

Et l’on voit maintenant en lumineuses trames
Les fils des rêves d’or se croiser autour d’eux,
Jusqu’à ce qu’unissant leurs lèvres & leurs âmes,
Vers Dieu le même élan les emporte tous deux !

mercredi, juin 25 2014

L'assise


Elle rêvait d'hommes
Elle chantait les hommes
Elle pleurait les hommes
Elle vivait pour les hommes

Assise dans le métro
Station amour fermée
Station toujours cassée


Picasso - Femme assise dans un Jardin (1938)

Elle attendait l'Homme
Elle se riait des hommes
Elle se méfiait des hommes
Elle mourrait pour les hommes

Assise dans la vie
Sur le banc étique
De sa vie

Elle voulait oser l'homme
Elle désirait l'homme
mais celui-ci la voulait
couché
à la rigueur debout
Mais sûrement pas assise

samedi, juin 14 2014

Renaud - Deuxieme génération

AVT_Renaud_6576.jpegJ'm'appelle Slimane et j'ai quinze ans
J'vis chez mes vieux à La Courneuve
J'ai mon C.A.P. d'délinquant
J'suis pas un nul j'ai fait mes preuves
Dans la bande c'est moi qu'est l'plus grand
Sur l'bras j'ai tatoué une couleuvre.

J'suis pas encore allé en taule
Paraît qu'c'est à cause de mon âge
Paraît d'ailleurs qu'c'est pas Byzance
Que t'es un peu comme dans une cage
Parc'que ici tu crois qu'c'est drôle
Tu crois qu'la rue c'est les vacances.

J'ai rien à gagner, rien a perdre
Même pas la vie
J'aime que la mort dans cette vie d'merde
J'aime c'qu'est cassé
J'aime c'qu'est détruit
J'aime surtout c'qui vous fait peur
La douleur et la nuit.

J'ai mis une annonce dans Libé
Pour m'trouver une gonzesse sympa
Qui boss'rait pour m'payer ma bouffe
Vu qu'moi, l'boulot pour que j'y touche
Y m'faudrait deux fois plus de doigts
Comme quoi, tu vois, c'est pas gagné.

C'que j'voudrais, c'est être au chôm'du
Palper du blé sans rien glander
Pi comme ça, j's'rais à la sécu
J'pourrais grattos me faire remplacer
Toutes les ratiches que j'ai perdues
Dans des bastons qu'ont mal tourné.

J'ai rien à gagner, rien à perdre
Même pas la vie
J'aime que la mort dans cette vie d'merde
J'aime c'qu'est cassé
J'aime c'qu'est détruit
J'aime surtout tout c'qui vous fait peur
La douleur et la nuit...

J'ai même pas d'tunes pour m'payer d'l'herbe
Alors, je m'défonce avec c'que j'peux
Le trychlo, la colle à rustine
C'est vrai qu'des fois ça fout la gerbe
Mais pour le prix, c'est c'qu'on fait d'mieux
Et pi, ça nettoie les narines.

Le soir, on rôde sur les parkings
On cherche une B.M. pas trop ruinée
On l'emprunte pour une heure ou deux
On largue la caisse à la Porte Dauphine
On va aux putes, juste pour mater
Pour s'en souv'nir l'soir dans nos pieux.

J'ai rien à gagner, rien à perdre
Même pas la vie
J'aime que la mort dans cette vie d'merde
J'aime c'qu'est cassé
J'aime c'qu'est détruit
J'aime surtout tout c'qui vous fait peur
La douleur et la nuit...

Y'a un autr' truc qui m'branche aussi
C'est la musique avec des potes
On a fait un groupe de hard rock
On répète le soir dans une cave
Sur des amplis un peu pourris
Sur du matos un peu chourave.

'n a même trouvé un vieux débile
Qui voulait nous faire faire un disque
Ça a foiré parc'que c'minable
Voulait pas qu'on chante en kabyle
On y a mis la tête contre une brique
Que même la brique, elle a eu mal.

J'ai rien à gagner, rien à perdre
Même pas la vie
J'aime que la mort dans cette vie d'merde
J'aime c'qu'est cassé
J'aime c'qu'est détruit
J'aime surtout tout c'qui vous fait peur
La douleur et la nuit.

Des fois, j'me dis qu'à 3000 bornes
De ma cité, y'a un pays
Que j'connaîtrai sûr'ment jamais
Que p't'être c'est mieux, p't'être c'est tant pis
Qu'là-bas aussi, j's'rai étranger
Qu'là-bas non plus, je s'rai personne.

Alors, pour m'sentir appartenir
A un peuple, à une patrie
J'porte autour de mon cou sur mon cuir
Le keffieh noir et blanc et gris
Je m'suis inventé des frangins
Des amis qui crèvent aussi.

J'ai rien à gagner, rien à perdre
Même pas la vie
J'aime que la mort dans cette vie d'merde
J'aime c'qu'est cassé
J'aime c'qu'est détruit
J'aime surtout tout c'qui vous fait peur
La douleur et la nuit.

mercredi, juin 11 2014

Bela Bartok et autres considérations

Bela Bartok mériterait d’être un peu plus connu du grand public, ah oui mince c'est de la musique classique, c'est pour les vieux et les élites...

non je rigole, il faut vraiment que l'on casse les frontière musicale.

Je me souviens quand j'étais Ado, la plupart de mes camarades ne pouvaient pas comprendre que je puisse aimer Iron Maiden et Tchaikovsky ou Milles Davis en même temps. (et même Julien Clerc et quelques chanteurs populaire, horreur)

J'ai toujours trouver c** c'est auto limitation que nous nous imposons pour appartenir au groupe, pour être comme les autres, ou du moins ceux que l'on considère comme faisant parti de notre groupe, de notre bande, de notre univers culturel. Je m'en fout moi d’être comme les autres, je veux être moi.

vendredi, mai 23 2014

Edith Thomas - Léve toi et marche

Édith Thomas est une romancière, journaliste et résistante française né en 1909 et décédée en 1970.

Elle est une pionnière de l'histoire des femmes avec des textes sur Jeanne d'Arc, George Sand ou Louise Michel. 

















Lève toi et marche

Peuple mort, peuple muet,
peuple muré, peuple affamé,
avec un gros poids de pierre sur la tête
et sur le cœur ;
Peuple du métro de tous les jours,
avec ses chaussures de bois,
et son livre qu'il lit, comme on s'évade
par une fenêtre ouverte, un jour de printemps.

Peuple français, peuple roumain,
peuple bulgare, peuple grec,
peuple serbe, et toi, peuple allemand,
quand le temps sera-t-il venu ?

La liberté n'a-t-elle plus de nom
elle qui chaque matin était plus belle,
comme une femme qu'on aime
est plus jeune chaque matin.

La liberté qui faisait crouler les châteaux
et qui faisait lever les faux,
et battre les fausses justices,
la liberté n'a-t-elle plus de nom pour toi, ce matin ?

Peuple sous le tas de pierre du silence.
Peuple aux lèvres serrées,
peuple aux membres brisés,
au corps pantelant sous les bottes
qui s'éloignent sur le trottoir,
le miracle ne viendra que de vous
et personne d'autre que vous ne dira
comme à Lazare en son tombeau :
" Lève-toi et marche… "

mercredi, mai 14 2014

Louis Labé - Sonnet XVIII

louise-labe.jpgLouise Labé est poétesse lyonnaise du 16e siècle surnommée "la belle cordière", car elle est la fille d'un cordier, et se maria elle même a un riche cordier, ce qui lui permis de se consacrer a sa passion des arts et des lettres.

Avec Maurice Scève et Pernette du Guillet, elle fait parie de l'école Lyonnaise.

C'est une époque riche pour la poésie française avec Du Bellay, Ronsard, et le mouvement de "la pléiade". 

Louise collabora avec les poètes de son temps notamment Olivier de Magny, elle fut aussi très féru de renaissance italienne.

On connaît peu de chose de sa vie personnelle, seule reste son œuvre qui montre qu'elle fut une femme sensible et libre en un temps ou la condition féminine était loin d'être facile.

Sonnet VIII "Je vis, je meurs.."
Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J'ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.
Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;
Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.
Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.
Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

XVIII « Baise m'encor, rebaise moy et baise : … »
Donne m’en un de tes plus savoureus,
Donne m’en un de tes plus amoureus :
Je t’en rendray quatre plus chaus que braise.
Las, te pleins tu ? ça que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereuse
Ainsi meslans nos baisers tant heureus
Jouissons nous l’un de l’autre à notre aise.
Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soy et son ami vivra.
Permets m’Amour penser quelque folie :
Tousjours suis mal, vivant discrettement,
Et ne me puis donner contentement,
Si hors de moy ne fay quelque saillie.

jeudi, avril 24 2014

Quelques fables à méditer

Pour la plupart d'entre nous, les Fables de La Fontaine sont liées a des souvenirs de récitations enfantines.

Elles n'offrent guère d'intérêt aux yeux de la majorité, et bien peu de lecteur en ont lu la totalité.


Dire en société qu'on lit de la poésie est presque synonyme de bannissement perpétuel (:-D), alors parler de la Fontaine et surtout aimer ses textes, est le meilleur moyen de passer pour l'hurluberlu de service.

Et pourtant, il est vraiment dommage de se priver de ces petits chef d'œuvres que sont les Fables.


La honte m'ayant fui depuis longtemps, je met donc ces deux fables en ligne, je pense qu'elle mériterait d'être lue et méditée par bien des politiques et dirigeants.



Jean de la Fontaine

Le lion et le rat

Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde :
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
De cette vérité deux Fables feront foi,
Tant la chose en preuves abonde.
Entre les pattes d'un Lion,
Un Rat sortit de terre assez à l'étourdie :
Le Roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.
Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu'un aurait-il jamais cru
Qu'un Lion d'un Rat eût affaire ?
Cependant il advint qu'au sortir des forêts
Le Lion fut pris dans des rets,
Dont ses rugissements ne le purent défaire.
Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.
Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage


Les deux taureaux et une grenouille

Deux Taureaux combattaient à qui posséderait
Une Génisse avec l'empire.
Une Grenouille en soupirait.
Qu'avez-vous? se mit à lui dire.
Quelqu'un du peuple croassant.
- Et ne voyez-vous pas, dit-elle,
Que la fin de cette querelle
Sera l'exil de l'un ; que l'autre le chassant
Le fera renoncer aux campagnes fleuries ?
Il ne régnera plus sur l'herbe des prairies,
Viendra dans nos marais régner sur les Roseaux,
Et, nous foulant aux pieds jusques au fond des eaux,
Tantôt l'une, et puis l'autre, il faudra qu'on pâtisse
Du combat qu'a causé Madame la Génisse.
Cette crainte était de bon sens ;
L'un des Taureaux en leur demeure
S'alla cacher à leurs dépens :
Il en écrasait vingt par heure,
Hélas ! on voit que de tout temps
Les petits ont pâti des sottises des grands.

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