Cyberpoète

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mardi, février 2 2016

Rutebeuf - complainte

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Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu

Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné, le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient, le vent m'évente
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

samedi, janvier 30 2016

Colin Muset - chanson

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Seigneur comte, j’ai joué de la viole
Devant vous, en votre hôtel.
Vous ne m’avez rien donné
Ni mes gages acquitté,
C’est vilenie.
Par la foi que je dois à sainte Marie !
À ces conditions je ne vous suivrai pas.
Mon aumônière est mal garnie
Et ma malle mal fournie.

Seigneur comte, commandez
Ce qu’à mon égard vous voulez faire ;
Sire, s’il vous vient à gré,
Un beau don me soit donné
Par courtoisie.
Car j’ai envie, n’en doutez pas,
De retourner dans mon ménage.
Quand j’y reviens la bourse vide,
Ma femme ne me rit pas.

Elle me dit : sire Engelé,
En quelle terre avez-vous été,
Que vous n’avez rien gagné
Le long de la ville ?
Voyez comme votre malle plie,
Elle est toute de vent farcie.
Honni soit qui a envie
D’être en votre compagnie !

Quand je viens à ma maison
El que ma femme a regardé
Derrière moi le sac enflé,
Et moi qui suis bien paré
De robe grise,
Sachez qu’elle a vite jeté bas
La quenouille, sans mentir.
Elle me rit franchement,
Ses deux bras s’enlacent à mon cou.

Ma femme va détrousser
Ma malle, sans tarder.
Mon garçon va abreuver
Mon cheval et le panser.
Ma servante va tuer
Deux chapons pour les assaisonner
À la sauce à l’ail.
Ma fille m’apporte un peigne
En sa main, par courtoisie.
Alors dans ma maison je suis roi,
En grande joie, sans fâcherie,
Plus heureux qu’on ne pourrait dire.

jeudi, décembre 31 2015

Pablo Neruda - Il meurt lentement.

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Il meurt lentement

Celui qui ne voyage pas,
Celui qui ne lit pas,
Celui qui n’écoute pas de musique,
Celui qui ne sait pas trouver
Grâce à ses yeux.

Il meurt lentement

Celui qui détruit son amour-propre,
Celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement

Celui qui devient esclave de l'habitude
Refaisant tous les jours les mêmes chemins,
Celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
De ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement

Celui qui évite la passion
Et son tourbillon d'émotions
Celles qui redonnent la lumière dans les yeux
Et réparent les cœurs blessés

Il meurt lentement

Celui qui ne change pas de cap
Lorsqu'il est malheureux
Au travail ou en amour,
Celui qui ne prend pas de risques
Pour réaliser ses rêves,
Celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
N'a fui les conseils sensés.

Vis maintenant !
Risque-toi aujourd'hui !
Agis tout de suite !

Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d'être heureux !

Pablo NERUDA
Prix Nobel de Littérature - 1971

mercredi, décembre 30 2015

Louis Needermeyer alias Martin Niemöller - Quand il sont venus...

Martin Niemöller

Quand ils sont venus
chercher les communistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste

Quand ils sont venus
chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste

Quand ils sont venus
chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif

Quand ils sont venus
chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique

Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne
pour dire quelque chose.

Dachau - 1942

jeudi, décembre 17 2015

Paul Verlaine - L’enterrement

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Je ne sais rien de gai comme un enterrement !
Le fossoyeur qui chante et sa pioche qui brille,
La cloche, au loin, dans l’air, lançant son svelte trille,
Le prêtre en blanc surplis, qui prie allègrement,

L’enfant de chœur avec sa voix fraîche de fille,
Et quand, au fond du trou, bien chaud, douillettement,
S’installe le cercueil, le mol éboulement
De la terre, édredon du défunt, heureux drille,

Tout cela me paraît charmant, en vérité !
Et puis, tout rondelets, sous leur frac écourté,
Les croque-morts au nez rougi par les pourboires,

Et puis les beaux discours concis, mais pleins de sens,
Et puis, cœurs élargis, fronts où flotte une gloire,
Les héritiers resplendissants !

Paul Verlaine, Poèmes saturniens

samedi, novembre 28 2015

René Guy Cadou - Les Fusillés de Châteaubriant

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Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont pleins d’étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d’amour
Ils n’ont pas de recommandations à se faire
Parce qu’ils ne se quitteront jamais plus
L’un d’eux pense à un petit village
Où il allait à l’école
Un autre est assis à sa table
Et ses amis tiennent ses mains
Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent
Ils sont bien au-dessus de ces hommes
Qui les regardent mourir
Il y a entre eux la différence du martyre
Parce que le vent est passé là ils chantent
Et leur seul regret est que ceux
Qui vont les tuer n’entendent pas
Le bruit énorme des paroles
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu’ils ne sont pas des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit.

René-Guy Cadou, Pleine Poitrine, 1946

mercredi, novembre 25 2015

Antoine-Vincent Arnault - Le lézard et la vipère

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Quoi ! je ne me vengerais pas
De cette maudite vipère !
Disait un lézard a son père.
Pourquoi fuirais-je les combats ?
Au triomphe je puis prétendre ;
N'ai-je pas des ongles, des dents ?
II est mal d'attaquer les gens ;
Mais il est bien de se défendre.
— Ce point est assez entendu,
Mon fils ; mais parlons avec ordre.
Pour faire la guerre, il faut mordre ;
Et qui mord peut être mordu.
D'après cela, si je raisonne,
À ta perte tu veux courir.
Un serpent mordu peut guérir,
Un serpent qui mord empoisonne.

vendredi, novembre 20 2015

Paul Celan - Fugue de la mort

Paul Celan est un poète roumain de langue allemande, né en 1920 dans une famllle juive, et mort en 1950 a Paris.
Ses deux parents sont mort dans un camp d'internement, son père du typhus et sa mère ayant été exécutée d'une balle dans la nuque. Le poète est quand a lui envoyé dans un camps de travail. Il sera libéré par les russes en 1944.
Après la guerre, il fuit la Roumanie, pour s'installer d'abord a Vienne, puis a Paris ou il travaillera comme traducteur allemand a l'école normale supérieure.
A partir de 1965, il est plusieurs fois interné en hôpital psychiatrique. 
Il se suicide en 1970, en se jetant dans la scène du pont Mirabeau, celui là même que chanta Apollinaire.


Fugue de la mort
Lait noir de l'aube nous le buvons le soir
le buvons à midi et le matin nous le buvons la nuit
nous buvons et buvons
nous creusons dans le ciel une tombe où l'on n'est pas serré
Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit
il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes cheveux d'or
écrit ces mots s'avance sur le seuil et les étoiles tressaillent il siffle ses grands chiens
il siffle il fait sortir ses juifs et creuser dans la terre une tombe
il nous commande allons jouez pour qu'on danse

Lait noir de l'aube nous te buvons la nuit
te buvons le matin puis à midi nous te buvons le soir
nous buvons et buvons
Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit
il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes cheveux d'or
Tes cheveux cendre Sulamith nous creusons dans le ciel une tombe où l'on n'est pas serré

Il crie enfoncez plus vos bêches dans la terre vous autres et vous chantez jouez
il attrape le fer à sa centure il le brandit ses yeux sont bleus
enfoncez plus les bêches vous autres et vous jouez encore pour qu'on danse

Lait noir de l'aube nous te buvons la nuit
te buvons à midi et le matin nous te buvons le soir
nous buvons et buvons
un homme habite la maison Margarete tes cheveux d'or
tes cheveux cendre Sulamith il joue avec les serpents

Il crie jouez plus douce la mort la mort est un maître d'Allemagne
il crie plus sombres les archets et votre fumée montera vers le ciel
vous aurez une tombe alors dans les nuages où l'on n'est pas serré

Lait noir de l'aube nous te buvons la nuit
te buvons à midi la mort est un maître d'Allemagne
nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons
la mort est un maître d'Allemagne son oeil est bleu
il t'atteint d'une balle de plomb il ne te manque pas
un homme habite la maison Margarete tes cheveux d'or
il lance ses grands chiens sur nous il nous offre une tombe dans le ciel
il joue les serpents et rêve la mort est un maître d'Allemagne

Tes cheveux d'or Margarete
Tes cheveux cendre Sulamith

Bucarest, 1945.

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La complainte de Mi

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Sur l’île d'Océalys est organisé tout les ans un grand concours de troubadours. Le meilleurs d'entre eux se verra offrir la protection du roi Arl pendant une année.

Peyre, un noble issu de l’île des vertes vallées, rêve de participer au concours, ce qui n'est pas du tout du goût de son père, Pelras, le chef de la ligue des mercenaires, une confrérie de nobles défendant un retour aux valeurs guerrières anciennes.
Le jeune homme décide de fuir le destin tout tracé par son père avec son amie d'enfance Zinèle.

Pendant ce temps, se trame sur Océalys des événements étranges ;
une secte religieuse annonce la venue d'un Élu qui va changer le monde,
un mouvement de révolte parmi des peuples anciens du royaume apparaît autour d'un archer qui sème la terreur,
le propre frère du roi : Jam l'insurgé, complote pour prendre le pouvoir.


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