Cyberpoète

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vendredi, août 25 2017

Nakashima Kiyoshi

Un billet a regarder avec les yeux de l'enfant qui est en nous.
Je vous propose de découvrir le peintre Nakashima Kiyoshi
Cet artiste né en 1943 était à ses début publicitaire et illustrateur de livres pour d'enfants.




Ciel Embrasé





La constellation d'hivers





Si j'étais une fleur

dimanche, août 20 2017

Pierre Reverdy - D'un autre ciel

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samedi, août 19 2017

René-François SULLY PRUDHOMME - A vingt ans

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À vingt ans on a l'oeil difficile et très fier :
On ne regarde pas la première venue,
Mais la plus belle ! Et, plein d'une extase ingénue,
On prend pour de l'amour le désir né d'hier.

Plus tard, quand on a fait l'apprentissage amer,
Le prestige insolent des grands yeux diminue,
Et d'autres, d'une grâce autrefois méconnue,
Révèlent un trésor plus intime et plus cher.

Mais on ne fait jamais que changer d'infortune :
À l'âge où l'on croyait n'en pouvoir aimer qu'une,
C'est par elle déjà qu'on apprit à souffrir ;

Puis, quand on reconnaît que plus d'une est charmante,
On sent qu'il est trop tard pour choisir une amante
Et que le coeur n'a plus la force de s'ouvrir.

mardi, juillet 11 2017

Rumi - Me Voici

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J'étais mort, vivant me voici,
J'étais larme, ris me voici,
Arriva le bonheur d'amour,
Bonheur éternel me voici.

J'ai la vision rassasiée
J'ai le souffle rempli d'audace,
la bile intrépide du lion,
Vénus ardente me voici.

Il dit: "Mais on, tu n'es pas fou,
Pas digne de cette maison."
Je suis parti me rendre fou,
tel les attachés me voici.

Il dit: "Mais non, tu n'es pas ivre,
Va, tu n'es pas de cette espèce."
Je suis parti, me voici ivre,
Et rempli de joie me voici.

Il dit: "Mais non, tu n'es pas mort,
Tu n'es pas souillé par la joie."
À sa face qui donne vie,
Mort et effondré me voici.

Il dit: "Oh oui, tu es rusé,
Ivre de doute et de pensée."
Alors ignorant, effrayé,
Détaché de tous me voici.

Il dit: "Tu es une bougie,
Celui vers qui l'assemblée prie."
Assemblée ne suis, ni bougie,
Fumée dispersée me voici.

Il dit: "Tu es le cheikh, la tête,
Devant tu mènes le chemin."
Cheikh me suis, ni menant chemin,
Ton suiveur-d'ordres me voici.

Il dit: "Tu as plumes et ailes,
je ne te donne aile ni plume."
Désirant ses plumes, ses ailes,
Sans aile et plumes, me voici.

La chance nouvelle m'a dit:
"N'avance plus et sois sans peine.
Par bonté, générosité,
Le venant-vers-toi me voici."

Le viril amour m'a dit: "D'auprès
De nous ne te déplace pas."
J'ai dit: "Non, je ne bouge pas,
Immobile ici me voici."

Tu es la source du soleil
Et moi je suis l'ombre du saule.
Toi, tu m'as frappé à la tête,
Misérable en feu me voici.

Mon coeur trouva l'éclat du souffle,
Mon coeur s'ouvrit et se fendit,
Mon coeur tissa nouveau brocart,
Haine des haillons me voici.

Le visage du souffle, à l'aube,
Se vanta, sous le coup d'ivresse:
"J'étais domestique et ânier,
Roi et grand seigneur me voici."

Reconnaissante, elle est, ta feuille,
De sentir ton sucre sans fin,
Quand elle est venue prés de moi,
Moi, comme elle alors me voici.

Reconnaissante, terre triste,
Pour le ciel et la roue courbée,
À sa vue, à son tournoiement,
Capteur de clarté me voici.

Reconnaissante, roue du ciel,
Pour le roi, pour l'ange et la terre.
Par sa généreuse bonté,
Clair et généreux me voici.

Reconnaissant, l'homme du Vrai,
Car la tête de tous nous sommes.
Sur les sept étages du ciel,
Brillante étoile me voici.

J’étais Vénus, me voici Lune,
Et la roue deux cents fois pliée,
J'étais Joseph, dorénavant
Faiseur de Joseph me voici.

Comme les échecs sois mobile
Et silencieux, mais tous parole.
Visage-tour du roi du monde:
Heureux, victorieux me voici.


le livre de Shams de Tabriz

dimanche, juillet 2 2017

Louisa SIEFERT - Immortalité

Louisa Siefert est né a Lyon en 1845 et morte a 32 ans de la tuberculose 

Elle a côtoyé Victor Hugo, Sainte Beuve ou Michelet. Ses poèmes connurent un grand succès en leur temps, mais après sa mort prématurée elle sombra vite dans l'oubli.

Elle est l'arrière grand tante du chanteur Renaud.



 
"C’était au lieu d’un chêne une forêt nouvelle."
VICTOR DE LAPRADE


Le chêne dans sa chute écrase le roseau,
Le torrent dans sa course entraîne l’herbe folle ;
Le passé prend la vie, et le vent la parole,
La mort prend tout : l’espoir et le nid et l’oiseau.

L’astre s’éteint, la voix expire sur les lèvres,
Quelqu’un ou quelque chose à tout instant s’en va.
Ce qui brûlait le cœur, ce que l’âme rêva,
Tout s’efface : les pleurs, les sourires, les fièvres.

Et cependant l’amour triomphe de l’oubli ;
La matière que rien ne détruit se transforme ;
Le gland semé d’hier devient le chêne énorme,
Un monde nouveau sort d’un monde enseveli.

Comme l’arbre, renaît le passe feuille à feuille,
Comme l’oiseau, le cœur retrouve sa chanson ;
L’âme a son rêve encore et le champ sa moisson,
Car ce que l’homme perd, c’est Dieu qui le recueille.

Jean Bodel - Brunain la vache au prêtre (fabliaux)

Jean Bodel est un trouvère qui naquit en 1165 a Arras et mourut de la lèpre en 1210. Les trouvères sont les équivalents des troubadours, ils écrivaient en langue d'oil, langue qui donna naissance au français moderne.

Il fut membre de la confrérie des jongleurs et bourgeois d'Arras et prends la croix lors d'une prédication de Foulques de Neuilly qui prélude a la IVe croisade, mais la lèpre l'empèche d'y prendre part. Il se retire alors dans une léproserie où il laissera la vie dix ans plus tard.


(Jean Bodel lisant l'un de ses textes)

Jean Bodel classa les diverses thèmes mythologiques de la littérature médiévale en cycles qu'il appela :

  • matière de Rome pour les légendes issues de l'antiquité classique
  • matière de Bretagne pour celles concernant Arthur et les thèmes celtiques
  • matière de France pour tous ce qui concernait Charlemagne et sa cour palatines.
Il fut lui même l'auteur de la chanson de Saisne qui conte la guerre entre Charlemagne et le roi saxon Widukind. 
Il écrivit aussi "le jeu de St Nicolas" une pièce de théâtre, qui conte la façon dont St Nicolas fit restituer un trésor volé par des païens sarrasins.

Jean Bodel est l'auteur de plusieurs fabliaux dont Brunain la vache au prêtre que je vous propose ci après
(source Wikisource ici)



(miniature extraite d'un recueil de poésie du XIIe siècle)

Version originale en ancien français :

D'un vilain cont et de sa fame,
C'un jor de feste Nostre Dame
Aloient ourer a l'yglise.
Li prestres, devant le servise,
Vint a son proisne sermoner,
Et dist qu'il fesoit bon doner
Por Dieu, qui reson entendoit;
Que Dieus au double li rendoit
Celui qui le fesoit de cuer.

«Os, fet li vilains, bele suer,
Que noz prestres a en couvent:
Qui por Dieu done a escïent,
Que Dieus li fet mouteploier;
Mieus ne poons nous emploier
No vache, se bel te doit estre,
Que pour Dieu le donons le prestre;
Ausi rent ele petit lait.»
- «Sire, je vueil bien que il l'ait,
Fet la dame, par tel reson».
A tant s'en vienent en meson,
Que ne firent plus longue fable.
Li vilains s'en entre en l'estable,
Sa vache prent par le lïen,
Presenter le vait au doïen.
Li prestres est sages et cointes.
 
«Biaus Sire», fet-il a mains jointes,
«Por l'amor Dieu Blerain vous doing.»
Le lïen li a mis el poing,
Si jure que plus n'a d'avoir.
«Amis, or as tu fet savoir»,
Fet li provoires dans Constans,
Qui a prendre bee toz tans.
«Va-t'en, bien as fet ton message,
Quar fussent or tuit ausi sage
Mi paroiscien come vous estes,
S'averoie plenté de bestes.»

Li vilains se part du provoire.
Li prestres comanda en oirre
C'on face por aprivoisier
Blerain avoec Brunain lier,
La seue grant vache demaine.
Li clers en lor jardin la maine,
Lor vache trueve, ce me samble.
Andeus les acoupla ensamble;
Atant s'en torne, si les lesse.
La vache le prestre s'abesse,
Por ce que voloit pasturer,
Mes Blere nel vout endurer,
Ainz sache le lïen si fors,
Du jardin la traïna fors;
Tant l'a mence par ostez,
Par chanevieres et par prez,
Qu'ele est reperie a son estre
Avoecques la vache le prestre
Qu'i mout a mener li grevoit.
Li vilains garde, si le voit;
Mout en a grant joie en son cuer.
«Ha, fet li vilains, bele suer,
Voirement est Dieus bon doublere,
Quar li et autre revient Blere;
Une grant vache amaine brune;
Or en avons nous deux por une:
Petis sera nostre toitiaus.»

Par example dist cis fabliaus
Que fols est qui ne s'abandone;
Cil a le bien cui Dieus le done,
Non cil qui le muce et enfuet;
Nus hom mouteploier ne puet
Sanz grant eür, c'est or del mains.
Par grant eür ot li vilains
Deus vaches, et li prestres nule.
Tels cuide avancier qui recule.

Et maintenant la Traduction en Français moderne :


C’est d’un vilain et de sa femme
que je veux vous raconter l’histoire.
Pour la fête de Notre-Dame, ils
allaient prier à l’église. Avant
de commencer l’office, le curé
vint faire son sermon ; il dit
qu’il était bon de donner
de tout son cœur au Bon Dieu et que celui-ci vous rendait le double.
« Entends-tu, belle sœur, ce qu’a dit le
fou ? » fait le vilain à sa femme.
« Qui pour Dieu donne de bon cœur
recevra de Dieu deux fois plus.
Nous ne pourrions pas mieux employer
notre vache, si bon te semble,
que de la donner au curé.
Elle a d’ailleurs si peu de lait.
— Oui, sire, je veux bien qu’il l’ait,
dit-elle, de cette façon. »
Ils regagnent donc leur maison,
et sans en dire davantage.
Le vilain va dans son étable ;
prenant la vache par la corde,
il la présente à son curé.
Le prêtre était fin et madré :
« Beau sire, dit l’autre, mains jointes,
pour Dieu je vous donne Blérain. »
Il lui a mis la corde au poing,
et jure qu’elle n’est plus sienne.
« Ami, tu viens d’agir en sage,
répond le curé dom Constant
qui toujours est d’humeur à prendre;
Retourne en paix, tu as bien fait ton
devoir: si tous mes paroissiens étaient
aussi avisés que toi, j’aurais du bétail
en abondance. » Le vilain prend congé
du prêtre qui commande aussitôt
qu’on fasse, pour l’accoutumer, lier
Blérain avec Brunain, sa propre vache.

Le curé les mène en son clos,
trouve sa vache, ce me semble,
les laisse attachées l’une à l’autre.
La vache du prêtre se baisse,
car elle voulait pâturer.
Mais Blérain ne veut l’endurer
et tire la corde si fort
qu’elle entraîne l’autre dehors
et la mène tant par maison,
par chènevières et par prés
qu’elle revient enfin chez elle,
avec la vache du curé
qu’elle avait bien de la peine à mener.
Le vilain regarde, la voit ;
il en a grande joie au cœur.
« Ah ! dit-il alors, chère sœur,
il est vrai que Dieu donne au double.
Blérain revient avec une autre:
c’est une belle vache brune.
Nous en avons donc deux pour une.
Notre étable sera petite ! »

Par cet exemple, ce fabliau nous montre
que fol est qui ne se résigne.
Le bien est à qui Dieu le donne
et non à celui qui le cache et enfouit.
Nul ne doublera son avoir
sans grande chance, pour le moins.
C’est par chance que le vilain
eut deux vaches, et le prêtre aucune.
Tel croit avancer qui recule.

lundi, juin 26 2017

Albert Samain - Ton souvenir est comme un livre

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Ton Souvenir est comme un livre bien aimé,
Qu'on lit sans cesse, et qui jamais n'est refermé,
Un livre où l'on vit mieux sa vie, et qui vous hante
D'un rêve nostalgique, où l'âme se tourmente.

Je voudrais, convoitant l'impossible en mes vœux,
Enfermer dans un vers l'odeur de tes cheveux ;
Ciseler avec l'art patient des orfèvres
Une phrase infléchie au contour de tes lèvres ;

Emprisonner ce trouble et ces ondes d'émoi
Qu'en tombant de ton âme, un mot propage en moi ;
Dire quelle mer chante en vagues d'élégie
Au golfe de tes seins où je me réfugie ;
Dire, oh surtout ! tes yeux doux et tièdes parfois
Comme une après-midi d'automne dans les bois ;
De l'heure la plus chère enchâsser la relique,
Et, sur le piano, tel soir mélancolique,
Ressusciter l'écho presque religieux
D'un ancien baiser attardé sur tes yeux.

dimanche, juin 25 2017

Ange - Si j'étais le messie

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a écouter ici

un poème chanté extrait de l'excellent album d'Ange "Au dela du délire". C'est un peu daté musicalement parlant, mais les textes de Christian Décamps, sont toujours aussi hypnotiques.


Si j'étais le Messie, je raconterais n'importe quoi,
N'importe où, n'importe comment,
Et les gens me croiraient,
Ils n'ont rien d'autre à faire...
Si j'étais le Messie, je mènerais en bateau
N'importe qui, n'importe comment,
Et les gens me croiraient,
Ils ne connaissent pas mes eaux...
Si j'étais le Messie, je serais pédéraste,
Avec n'importe qui, n'importe comment,
Et les gens me suivraient,
Reniflant mon derrière...
Si j'étais le Messie, je me ferais voleur,
Avec n'importe qui, n'importe comment,
Et les gens se tairaient,
N'ayant rien d'autre à faire...
Si j'étais le Messie, je construirais un temple,
Avec n'importe quoi, n'importe comment,
Et les gens y viendraient
Pour y montrer leurs airs...
Si j'étais le Messie, j'aurais un oeil de verre,
Pour pouvoir fermer l'autre, pour ne rien voir do tout,
Et les gens me plaindraient,
Et vanteraient ma misère !
Si j'étais le Messie, je serais un ivrogne,
Boirais n'importe quoi, n'importe comment et n'importe où,
Et les gens m'imiteraient,
Croyant toujours bien faire...
Si j'étais le Messie, je marcherais sur l'eau,
N'importe où, n'importe comment,
Et les gens se noieraient,
Croyant toujours bien faire...
Si j'étais le Messie, je ferais des miracles,
N'importe où, mais PAS n'importe comment,
Et les gens s'étonneraient, criant :
"Au nom do père !"
Si j'étais le messie, j'inventerais une crèche,
Pas n'importe comment, pas pour n'importe qui,
Seulement pour les enfants.
Les enfants grandiront, croyant toujours bien faire...
Si j'étais le Messie, je me ferais crucifier,
Pas par n'importe qui, pas n'importe comment,
Et les gens pleureraient,
Ne sachant trop que faire...
Je ne suis pas Messie, heureusement pour ma mère,
Qui ne pourrait plus vendre sa virginité,
Car les gens l'achèteraient,
Croyant toujours bien faire...
Il why a très longtemps, il why eut un Messie,
Il est venu d'ailleurs, d'une autre galaxie,
Et les gens l'ont tué...
Ils avaient cru bien faire !

ecrit par : DECAMPS, CHRISTIAN / JELSCH, GERARD

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