Cyberpoète

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi, août 14 2010

La Faille - Henri Michaux

Ce fut une épopée de géants. Nous la vécûmes en fourmis. Nous triomphâmes ainsi. Succès par la porte basse. Mais une altération en nous, après des années écoulées, s'aggravant sans cesse, nous avertit présentement de la faille qu'en géant il fallait surmonter, désormais dans nos organes installée, étrangement petite encore, mais grandissant posément, pour le dérèglement définitif de notre être en vain livré au regrets.

extrait de "La vie dans les plis"

dimanche, avril 11 2010

Raymond Queneau


Ce poète a la bouille sympathique est un surdoué qui participa au surréalisme avec Prevert et le peintre Tanguy, puis s'éloigna du mouvement pour des raisons personnelles (en réalité un différent avec Breton).
Bien que discret, l'homme a participé a tout les grands mouvements littéraires de son temps en se distinguant par une créativité hors norme et une joie de vivre jamais démentie. Je vous invite a redécouvrir ce grand poète "réaliste" et pourtant si novateur dans sa façon d'écrire.


La fourmi et la cigale

Une fourmi fait l'ascension
d'une herbe flexible
elle ne se rend pas compte
de la difficulté de son entreprise
elle s'obstine la pauvrette
dans son dessein délirant
pour elle c'est un Everest
pour elle c'est un Mont Blanc
ce qui devait arriver arrive
elle choit patatratement
une cigale la reçoit
dans ses bras bien gentiment
eh dit-elle point n'est la saison
des sports alpinistes
(vous ne vous êtes pas fait mal j'espère ?)
et maintenant dansons dansons
une bourrée ou la matchiche.


Pour un art poétique

Prenez un mot prenez en deux
faites-les cuir' comme des oeufs
Prenez un petit bout de sens
Puis un grand morceau d'innocence
Faites chauffer à petit feu de la technique
Versez la sauce énigmatique
Saupoudrez de quelques étoiles
Poivrez et puis mettez les voiles
Où voulez-vous donc en venir
A écrire
Vraiment, à écrire.


Si tu t'imagines

Si tu t'imagines
si tu t'imagines
fillette fillette
si tu t'imagines
xa va xa va xa
va durer toujours
la saison des za
la saison des za
saison des amours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

Si tu crois petite
si tu crois ah ah
que ton teint de rose
ta taille de guêpe
tes mignons biceps
tes ongles d'émail
ta cuisse de nymphe
et ton pied léger
si tu crois petite
xa va xa va xa va
va durer toujours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

les beaux jours s'en vont
les beaux jours de fête
soleils et planètes
tournent tous en rond
mais toi ma petite
tu marches tout droit
vers sque tu vois pas
très sournois s'approchent
la ride véloce
la pesante graisse
le menton triplé
le muscle avachi
allons cueille cueille
les roses les roses
roses de la vie
et que leurs pétales
soient la mer étale
de tous les bonheurs
allons cueille cueille
si tu le fais pas
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

samedi, mars 27 2010

Paul Eluard - Pour vivre ici





Je fis un feu, l'azur m'ayant abandonné
Un feu pour être son ami
Un feu pour m'introduire dans la nuit d'hivers
Un feu pour vivre mieux

Je lui donnai ce que le jour m'avait donné :
Les forêts, les buisson, les champs de blé, les vignes,
Les nids et les oiseaux, les maisons et leurs clés,
Les insectes, les fleurs, les fourrures, les fêtes.

Je vécus au seul bruit des flammes crépitantes,
Au seul parfum de leurs chaleur ;
J'étais comme un bateau coulant dans l'eau fermée,
comme un mort je n'avais qu'un unique élément.

vendredi, décembre 4 2009

Pierre Reverdy - outre mesure

preverdali2.jpg (9381 octets)

Le monde est ma prison
Si je suis loin de ce que j'aime
Vous n'êtes pas trop loin barreaux de l'horizon
L'amour la liberté dans le ciel trop vide
Sur la terre gercée de douleurs
Un visage éclaire et réchauffe les choses dures
Qui faisaient partie de la mort
A partir de cette figure
De ces gestes de cette voix
Ce n'est que moi-même qui parle
Mon coeur qui résonne et qui bat
Un écran de feu abat-jour tendre
Entre les murs familiers de la nuit
Cercle enchanté des fausses solitudes
Faisceaux de reflets lumineux
Regrets
Tous ces débris du temps crépitent au foyer
Encore un plan qui se déchire
Un acte qui manque à l'appel
Il reste peu de chose à prendre
Dans un homme qui va mourir


edition Poésies Gallimard

lundi, octobre 5 2009

Aragon - Poeme a cracher dans les ruines



(Louis Aragon - 1930)



Tous deux crachons tous deux
Sur ce que nous avons aimé
Sur ce que nous avons aimé tous deux
Si tu veux car ceci tous deux
Est bien un air de valse et j'imagine
Ce qui passe entre nous de sombre et d'inégalable
Comme un dialogue de miroirs abandonnés
A la consigne quelque part Foligno peut-être
Ou l'Auvergne la Bourboule
Certains noms sont chargés d'un tonnerre lointain
Veux-tu crachons tous deux sur ces pays immenses
Où se promènent de petites automobiles de louage
Veux-tu car il faut que quelque chose encore
Quelque chose
Nous réunisse veux-tu crachons
Tous deux c'est une valse
Une espèce de sanglot commode
Crachons crachons de petites automobiles
Crachons c'est la consigne
Une valse de miroirs
Un dialogue nulle part
Ecoute ces pays immenses où le vent
Pleure sur ce que nous avons aimé
L'un d'eux est un cheval qui s'accoude à la terre
L'autre un mort agitant un linge l'autre
La trace de tes pas Je me souviens d'un village désert
A l'épaule d'une montagne brûlée
Je me souviens de ton épaule
Je me souviens de ton coude
Je me souviens de ton linge
Je me souviens de tes pas
Je me souviens d'une ville où il n'y a pas de cheval
Je me souviens de ton regard qui a brûlé
Mon coeur désert un mort Mazeppa qu'un cheval
Emporte devant moi comme ce jour dans la montagne
L'ivresse précipitait ma course à travers les chênes martyrs
Qui saignaient prophétiquement tandis
Que le jour faiblissait sur des camions bleus
Je me souviens de tant de choses
De tant de soirs
De tant de chambres
De tant de marches
De tant de colères
De tant de haltes dans des lieux nuls
Où s'éveillait pourtant l'esprit du mystère pareil
Au cri d'un enfant aveugle dans une gare-frontière
Je me souviens

Je parle donc au passé Que l'on rie
Si le coeur vous en dit du son de mes paroles
Aima Fut Vint Caressa
Attendit Epia les escaliers qui craquèrent
0 violences violences je suis un homme hanté
Attendit attendit puits profonds
J'ai cru mourir d'attendre
Le silence taillait des crayons dans la rue
Ce taxi qui toussait s'en va crever ailleurs
Attendit attendit les voix étouffées
Devant la porte le langage des portes
Hoquet des maisons attendit
Les objets familiers prenaient à tour de rôle
Attendit l'aspect fantômatique Attendit
Des forçats évadés Attendit
Attendit Nom de Dieu
D'un bagne de lueurs et soudain
Non Stupide Non
Idiot
La chaussure a foulé la laine du tapis
Je rentre à peine
Aima aima aima mais tu ne peux pas savoir combien
Aima c'est au passé
Aima aima aima aima aima
0 violences

Ils en ont de bonnes ceux
Qui parlent de l'amour comme d'une histoire de cousine
Ah merde pour tout ce faux-semblant
Sais-tu quand cela devient vraiment une histoire
L'amour
Sais-tu
Quand toute respiration tourne à la tragédie
Quand les couleurs du jour sont ce que les fait un rire
Un air une ombre d'ombre un nom jeté
Que tout brûle et qu'on sait au fond
Que tout brûle
Et qu'on dit Que tout brûle
Et le ciel a le goût du sable dispersé
L'amour salauds l'amour pour vous
C'est d'arriver à coucher ensemble
D'arriver
Et après Ha ha tout l'amour est dans ce
Et après
Nous arrivons à parler de ce que c'est que de
Coucher ensemble pendant des années
Entendez-vous
Pendant des années
Pareilles à des voiles marines qui tombent
Sur le pont d'un navire chargé de pestiférés
Dans un film que j'ai vu récemment
Une à une
La rose blanche meurt comme la rose rouge
Qu'est-ce donc qui m'émeut à un pareil point
Dans ces derniers mots
Le mot dernier peut-être mot en qui
Tout est atroce atrocement irréparable
Et déchirant Mot panthère Mot électrique
Chaise
Le dernier mot d'amour imaginez-vous ça
Et le dernier baiser et la dernière
Nonchalance
Et le dernier sommeil Tiens c'est drôle
Je pensais simplement à la dernière nuit
Ah tout prend ce sens abominable
Je voulais dire les derniers instants
Les derniers adieux le dernier soupir
Le dernier regard
L'horreur l'horreur l'horreur
Pendant des années l'horreur
Crachons veux-tu bien
Sur ce que nous avons aimé ensemble
Crachons sur l'amour
Sur nos lits défaits
Sur notre silence et sur les mots balbutiés
Sur les étoiles fussent-elles
Tes yeux
Sur le soleil fût-il
Tes dents
Sur l'éternité fût-elle
Ta bouche
Et sur notre amour
Fût-il
TON amour
Crachons veux-tu bien

jeudi, octobre 1 2009

Michel Leiris - Corruption

Les hommes
torturés dans leurs corps
et pourris jusque dans leurs mots
dont tant sont aujourd'hui déviés
de leur pôle naturel

Les choses
vidées de leur contenu
et devenues oripeaux
de la puante comédie
où le monde sue sang et eau


Le son singeant le pain
le bois changé en laine
la couleur rouge du vin
alors que le sang blémit sur les murs des prisons
ou brunit en se mélant à la boue

La terre prise pour tanière
la lumière obscurcie
la femme faite nié de larmes
et l'homme mué en pierre
dont chaque jour comme chaque nuit accroissent le silence

Faudra-t-il
ô victimes
être à votre tour bourreaux
pour rendre a leur destins les essences ?

né en 1901 à Paris, Michel Leiris commence a écrire vers l'âge de vingt ans. Le peintre André Masson fut alors son premier soutien. dès 1924, il particpe au mouvement surréaliste. il en sera menbre jusqu'en 1929.
il est surtout connus pour son oeuvre et sa carrière d'ethnologue.
Ce grand explorateur de l'inconscient nous a quitter en 1990.

mercredi, octobre 15 2008

Francois Villon


Orphelin pauvre, François de Moncorbier est recueilli par Guillaume de Villon, chanoine de Saint-Benoît. Il prendra plus tard le nom de son tuteur, qui l'inscrit à la Sorbonne, passage obligé pour qui veut devenir clerc ou magistrat. En 1452, il est licencié et maître ès arts.

Cependant, sa destinée sera beaucoup plus tumultueuse : il court les tavernes, se compromet joyeusement avec une population louche et pittoresque de joueurs, d'escrocs et de voleurs, tout en fréquentant la jeunesse dorée et nantie de l'époque. Il raffole de cette vie mouvementée, insouciante et périlleuse.

En 1455, il blesse mortellement un prêtre, Philippe Sermoise, lors d'une échauffourée provoquée par une certaine Isabeau. Il s'enfuit de Paris, erre en province et se lie à des malandrins aussi bien qu'à de grands seigneurs. C'est à cette même époque qu'il commence la rédaction des Lais ou Petit Testament.


Au bout de quelques mois, il réapparaît à Paris, commet un nouveau forfait : un vol au collège de Navarre. Puis, il s'évanouit dans la nature.

On le retrouve à Blois en 1457 à la cour de Charles d'Orleans, le poète fera apparaitre des oeuvres de Villon dans un manuscrit ou il compile ses oeuvres avec celle de ses courtisans. Il disparait de nouveau.

On retrouve sa trace dans un cachot de Meung-sur-Loire où il croupit, au pain sec et à l'eau, pour on ne sait quelle affaire. Il doit sa liberté à Louis XI qui distribue moult grâces à l'occasion de son récent avènement.

Revenu à Paris, il compose le Grand Testament, recueil de poésies et de ballades, dont la plus célèbre est la Ballade des Dames du temps jadis.

Nouvelle condamnation, vers 1463, après une rixe qu'il provoque avec trois de ses compagnons. Il subit la question avant d'être condamné à mort. Pieux aux heures sombres, il écrit alors la Ballade des Pendus, ou Epitaphe Villon. Sa sentence est commuée en bannissement. Dès lors, on perd sa trace.


A lire : Le grand testament

vendredi, octobre 3 2008

René Daumal

J'ai lu "le contre ciel" il y a 20 ans. J'étais alors un jeune homme errant dans une vie que j'essayait de comprendre
J'ai tout de suite adhéré au style, aux interrogation du poète. Cet ouvrage que je relis régulièrement est pour moi un chef d'oeuvre, une référence.
L'auteur fait partie des poètes maudits du XXe siècle, méconnu, oublié, cet artiste a écrit une poésie pleine d'interrogations et de référence à l'inde et aux philosophies indiennes.

La peau du monde

Je vis et je vais m'interrogeant de la vie,
et l'image méconnaissable de moi-même,
ce monde d'air, de roc, de maisons, de lumières,
de millions de visages sans lois, sans voix,
ce cuivre, ce bois verni, ces souffles, ces cris
tournent, couleurs à fleur de peau,
formes touchés, mangés, - o suis-je ?


(Non, non, ce n'est pas une devinette,
hélas, ce n'est pas une devinette,
que ce soit ici ou ailleurs,
je ne me reconnais plus.)


Ordre si fragile de la géométrie,
ne me prodigue plus les consolations de ton coeur de fer.
Ces jours, je vais dans les couleurs et les sons même,
et je vois la nuit dans les plus vives lumières,
monde, monstrueux fantôme,
ton jour est la plus vide des nuits.
Une voix dit : o suis-je ? qui suis-je ?
Est-ce ma voix dans ce désert ?

La surface de chaque chose
est tendue par la nuit qui la gonfle,
- oh! cette nuit en voiles de soleil!-
Oui, cette parole dans la bulle d'illusion, cette parole perdue,
ce n'est jamais que la mienne.

Le contre-ciel - Poesie Gallimard


Les dernières paroles du poète (extrait du final)

Et le poète, dans sa prison, se frappait la tête aux murs. Le bruit de tambour étouffé, le tam-tam funèbre de sa tête contre le mur fut son avant-dernière chanson.
Toute la nuit il essaya de s'arracher du cœur le mot imprononçable. Mais le mot grossissait dans sa poitrine et l'étouffait et lui montait dans la gorge et tournait toujours dans sa tête comme un lion en cage.
Il se répétait :
« De toute façon je serai pendu à l'aube. »
Et il recommençait le tam-tam sourd de sa tête contre le mur. Puis il essayait encore :
« Il n'y aurait qu'un mot à dire. Mais ce serait trop simple. Ils diraient :
– Nous savons déjà. Pendez, pendez ce radoteur. »
Ou bien ils diraient :
– Il veut nous arracher à la paix de nos cœurs, à notre seul refuge en ces temps de malheur. Il veut mettre le doute déchirant dans nos têtes, alors que le fouet de l'envahisseur nous déchire déjà la peau. Ce ne sont pas des paroles de paix, ce ne sont pas des paroles faciles à entendre. Pendez, pendez ce malfaiteur !
Et de toute façon je serai pendu.
Que leur dirai-je ?
On entendit des bruits de baïonnettes et d'éperons. Le délai accordé prenait fin. Sur son cou le poète sentit le chatouillement du chanvre et au creux de l'estomac la patte griffue de la mort. Et alors, au dernier moment, la parole éclata par sa bouche vociférant :
« Aux armes ! À vos fourches, à vos couteaux,
à vos cailloux, à vos marteaux
vous êtes mille, vous êtes forts,
délivrez-vous, délivrez-moi !
je veux vivre, vivez avec moi !
tuez à coups de faux, tuez à coups de pierre !
Faites que je vive et moi, je vous ferai retrouver la parole ! »
Mais ce fut son premier et dernier poème.

Le peuple était déjà bien trop terrorisé.
Et pour avoir trop balancé pendant sa vie, le poète se balance encore après sa mort.
Sous ses pieds les petits mangeurs de pourriture guettent cette charogne qui mûrit à la branche. Au-dessus de sa tête tourne son dernier cri, qui n'a personne où se poser.
(Car c'est souvent le sort – ou le tort – des poètes de parler trop tard ou trop tôt.)

René Daumal, Le Contre-ciel, 1936

lundi, août 18 2008

Le coeur conscient

Je viens de relire un bouquin de Bruno Bettelheim intitulé "le coeur conscient".
J'en ai encore froid dans le dos.

L'auteur, un psychanalyste d'origine autrichienne émigré au State y décrit son expérience des camps de concentration. Il est passé par Dachau et Buchenwald.
Il tira de cette expérience un théorie selon laquelle le milieu fortement influencer la personnalité et surtout le comportement des individus.
Dans le Livre, que je conseille fortement, l'auteur décrit les effets de la société de masse sur l'individu et analyse la façon dont les sociétés extrêmes, telle que créa le nazisme, peuvent aller jusqu'à détruire la dernière parcelle d'humanité chez le citoyen.

C'est fort instructif. Et surtout, cela vous donne des sueurs froides quand on sait que ce que décrit l'auteur s'est produit à la fin des années 30, avec des moyens de communication nettement moins performants que ceux d'aujourd'hui.
On peut se demander a juste titre jusqu'à quel point des états totalitaire peuvent utiliser les médias pour asservir leurs peuples. Je pense notamment a des dictatures extrêmes comme celle du Turkmenistan, mais il y en a d'autres, et surtout il y a une dictature bien plus pernicieuse que celle des états, je veux parler de celle de l'argent.

Pas un jour ne passe sans que l'on ne nous parle d'économie, crise, pouvoir d'HA et autres relents plus ou moins pestilentiels de capitalisme primaire.
C'est si bien ancré que le moral des Français sera bientôt coté en bourse, oui oui.

jeudi, août 14 2008

Encore un (petit) billet sur Linux...

....après je vous embête plus avec le pingouin promis ( :-D )

a lire absolument pour les non convaincu par Linux, la série d'article suivante

Linux : Le journal d’un novice

C'est vraiment très instructif et surtout c'est du vécu !

jeudi, mars 13 2008

Aragon - secousse

Je remet ce poème en première ligne en hommage aux poilus. Aragon (un autre de mes poètes préféré) l'a écrit en s'inspirant de son expérience des bombardements. On aime ou pas le personnage, mais il est reconnu qu'il s'est comporté en héros pendant les deux guerres qui ont traversée le XXe siècle.


Fuite à jamais de l'amertume,
Les prés magnifiques volants peints de frais
tournent
            champs qui chancellent
point mort
Ma tête tinte et tant de crécelles

Mon coeur est en morceaux
                                        le paysage en miettes

Hop l'univers verse
Qui chavire vautre ou moi
Vautre émoi La naissance à cette solitude
Je donne un nom meilleur aux merveilles du jour
J'invente à nouveau le vent tape-joue
le vent tapageur
Le monde à bu je le bâtis plus beau
Sept soleils de couleur griffent la campagne,

Au bout de mes cils tremblent un prisme de larmes
désormais Gouttes d'Eau

On lit au poteau du chemin vicinal
ROUTE INTERDITE AUX TERRASSIERS

Edition Poésie Gallimard

jeudi, mars 6 2008

Benjamin Peret - Un malheur ne vient jamais seul

Les grues sont tombées sur l'amiante
avec leurs mains de poutres
gonflées de gaz étoilés
Un peu plus nous étions seuls
et c'eût été dommage
un lendemain de fête
Ce n'est pourtant pas gai
Une fête non plus
mais Jeanne d'Arc est heureusement morte
et les péniche coulées font l'amour avec elle
Un amour de cheval
qui ferait rire un Turc
A bàs les moineaux

extrait "Le grand jeu" - reproduction inderdite
edition Gallimard

lundi, mars 3 2008

Charles Baudelaire - l'étranger

Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?

Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.

Tes amis?

Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.

Ta patrie ?

J'ignore sous quelle latitude elle est située.

La beauté

Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.

L'or ?

Je le hais comme vous haissez Dieu.

Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire Étranger ?

J'aime les nuages... les nuages qui passent... là bas... là bas... les merveilleux nuages

vendredi, février 29 2008

René Daumal - La peau du monde

C'est l'un des poètes maudits du XXe siècle. Il mérite que l'on s'intéresse a lui, car c'est un précurseur des mouvement qui dans les années 60, vingt ans après sa mort, on redécouvert l'inde et les mystiques indiennes.
Ce poète, mort a 36 ans, a passé sa vie en quête d'un ailleurs, en perpétuel fuite d'un monde monotone et sans saveurs.



Je vis et je vais m'interrogeant de la vie,
et l'image méconnaissable de moi-même,
ce monde d'air, de roc, de maisons, de lumières,
de millions de visages sans lois, sans voix,
ce cuivre, ce bois verni, ces souffles, ces cris
tournent, couleurs à fleur de peau,
formes touchés, mangés, - o suis-je ?


(Non, non, ce n'est pas une devinette,
hélas, ce n'est pas une devinette,
que ce soit ici ou ailleurs,
je ne me reconnais plus.)


Ordre si fragile de la géométrie,
ne me prodigue plus les consolations de ton coeur de fer.
Ces jours, je vais dans les couleurs et les sons même,
et je vois la nuit dans les plus vives lumières,
monde, monstrueux fantôme,
ton jour est la plus vide des nuits.
Une voix dit : o suis-je ? qui suis-je ?
Est-ce ma voix dans ce désert ?

La surface de chaque chose
est tendue par la nuit qui la gonfle,
- oh! cette nuit en voiles de soleil!-
Oui, cette parole dans la bulle d'illusion, cette parole perdue,
ce n'est jamais que la mienne.

Le contre-ciel - Poesie Gallimard

jeudi, février 28 2008

André Breton - Guerre

Le maitre penseur leader du surréalisme est plus que jamais d'actualité non ?




Je regarde la Bête pendant qu'elle se lèche
Pour mieux se confondre avec tout ce qui l'entoure
Ses yeux couleur de houle
A l'improviste sont la mare tirant à elle le linge sale les détritus
Celle qui arrête toujours l'homme
La mare avec sa petite place de l'Opéra dans le ventre
Car la phosphorescence est la clé des yeux de la Bête
Qui se lèche
Et sa langue
Dardée on ne sait à l'avance jamais vers où
Est un carrefour de fournaises
D'en dessous je contemple son palais
Fait de lampes dans des sacs
Et sous la voûte bleu de roi
D'arceaux dédorés en perspective l'un dans l'autre
Pendant que court le souffle fait de la généralisation à l'infini de celui de ces misérables le torse nu qui se produisent sur la place publique avalant des torches à pétrole dans une aigre pluie de sous
Les pustules de la Bête resplendissent de ces hécatombes de jeunes gens dont se gorge le Nombre
Les flancs protégés par les miroitantes écailles que sont les armées
Bombées dont chacune tourne à la perfection sur sa charnière
Bien qu'elles dépendent les unes des autres non moins que les coqs qui s'insultent à l'aurore de fumier à fumier
On touche au défaut de la conscience pourtant certains persistent à soutenir que le jour va naître
La porte j'ai voulu dire la Bête se lèche sous l'aile
Et l'on voit est-ce de rire se convulser des filous au fond d'une taverne
Ce mirage dont on avait fait la bonté se raisonne
C'est un gisement de mercure
Cela pourrait bien se laper d'un seul coup
J'ai cru que la Bête se tournait vers moi j'ai revu la saleté de l'éclair
Qu'elle est blanche dans ses membranes dans le délié de ses bois de bouleaux où s'organise le gilet
Dans les cordages de ses vaisseaux à la proue desquels plonge une femme que les fatigues de l'amour ont parée d'un loup vert
Fausse alerte la Bête garde ses griffes en couronne érectile autour des seins
J'essaie de ne pas trop chanceler quand elle bouge la queue
Qui est à la fois le carrosse biseauté et le coup de fouet
Dans l'odeur suffocante de cicindèle
De sa litière souillée de sang noir et d'or vers la lune elle aiguise une de ses cornes à l'arbre enthousiaste du grief
En se lovant avec des langueurs effrayantes
Flattée
La Bête se lèche le sexe je n'ai rien dit


1940-43
Signe ascendant - Gallimard

mercredi, février 27 2008

Rimbaud et La vie s'enflamme

Pour moi Rimbaud est l'archétype du poète. Il a eut une vie poétique.
Il n'est pas mon préféré, je lui préfère Reverdy, Pessoa ou Michaux, des êtres qui ont eu des vies plus rangées mais dont les vers sont pleins de mélancolie, de mal être.
Rimbaud est un novateur, son passage dans la littérature Française à laissé des traces indélébiles, c'est certain
Rimbaud est le poète jeune par excellence, l'équivalent d'un Jim Morisson dans un autre contexte. La vie ne lui a pas laissé le temps d'approfondir une œuvre brillante. C'est bien dommage.
Voici sa biographie, vous pouvez lire ses textes en lignes sur la bibliothèque Lyres.


Jean Nicolas Arthur Rimbaud est né le 20 octobre 1854 à Charleville dans les Ardennes. C'est le deuxième enfant de Vitalie Cuif et du capitaine Fréderic Rimbaud. Celui-ci quitta le domicile conjugale, quelques heures avant la naissance du poète. Il ne reparaitra que de façon épisodique, augmentant la famille deux soeurs pour le petit Arthur.

Arthur à droite avec son frère Frédéric (1866)
Au collège, Rimbaud se fait remarquer pour ses dons précoces. Il se lie d'amitié avec son professeur de rhétorique, Georges Izambard, en 1870. En pleine guerre, il décide de partir pour Paris, mais à son arrivée, il est arrêté et incarcéré pour avoir voyagé sans billet. Libéré grâce à Izambard, il ne songe qu'à fuir de nouveau sa ville natale. Dix jours plus tard, le voilà de nouveau sur les routes, il part pour Charleroi, puis Bruxelles. Au cour de ses périgrinations naitront de nombreux poèmes, comme "le Dormeur du Val". Ses premiers vers, en latin et en français, sont publiés dès 1871

Après deux tentatives infructueuse.. il est appelé et reçu à Paris par Verlaine, en septembre 1871. En compagnie de celui-ci, il fréquente la bohème littéraire; il collabore à l'album Zutique.

Renvoyé en 1872 à Charleville par Verlaine qui veut se réconcilier avec sa femme, il se rend bientôt en Belgique. Verlaine le rejoint à Bruxelles, puis les deux amis s'embarquent pour l'Angleterre. Ils séjournent à Londres jusqu'en décembre.

">
Verlaine, sa femme et Rimbaud
Après une nouvelle séparation, ils se retrouvent plusieurs fois, en 1873, en Belgique et en Angleterre. Mais, leurs relations sont de plus en plus orageuses. Le 10 juillet, à l'issue d'une violente dispute, Verlaine tire sur Rimbaud. Celui-ci, légèrement blessé, se retire, à sa sortie de l'hôpital, dans la ferme familiale de Roul,~ où il termine "Une saison en enfer". IL est de retour à Londres, en 1874, avec, Germain Nouveau, puis se fait engager comme précepteur à Stuttgard

Verlaine vient le retrouver en 1875, mais Rimbaud le congédie définitivement. Il commence alors une vie d'aventures, d'abord entrecoupée par quelques retours à Charleville. En 1876, il est mercenaire dans l'armée coloniale hollandaise à Java, mais il déserte. En 1877, il parcourt la Suède et le Danemark avec un cirque. En 1878, il est chef de chantier à Chypre. Enfin, en 1880, il arrive à Harar, au service d'une maison de commerce en peaux et café. Il reste dans cet emploi jusqu'en 1885. II se livre alors au commerce des armes. Son dernier emploi, en 1888, le ramène à Harar. Atteint d'une tumeur au genou en 1891, il revient à Marseille où il est amputé de la jambe. Son état s'aggrave au bout de quelques mois et il meurt le 10 novembre, à l'hôpital.

Oeuvres complètes de Rimbaud à lire sur la bibliothèque du cyberpoète

Les illuminations
Une saison en enfer
Poèmes


jeudi, février 21 2008

fable du jour

J'aime bien les fables.
Ce genre littéraire a eu ses heures de gloire avec La Fontaine, mais il existe d'autres fabulistes comme Florian, qui bien qu'étant moins brillant que le maitre, ont écrit quelques petits bijou.
L'avantage de ce genre de texte, c'est qu'ils sont intemporels.



Les deux voyageurs
fable de Mr de Florian


Le compère Thomas et son ami Lubin
Allaient à pied tous deux à la ville prochaine.
Thomas trouve sur son chemin
Une bourse de louis pleine ;
Il l'empoche aussitôt. Lubin, d'un air content,
Lui dit : pour nous la bonne aubaine !
Non, répond Thomas froidement,
Pour nous n'est pas bien dit, pour moi c'est différent.
Lubin ne souffle plus ; mais, en quittant la plaine,
Ils trouvent des voleurs cachés au bois voisin.
Thomas tremblant, et non sans cause,
Dit : nous sommes perdus ! Non, lui répond Lubin,
Nous n'est pas le vrai mot, mais toi , c'est autre chose.
Cela dit, il s'échappe à travers les taillis.
Immobile de peur, Thomas est bientôt pris,
Il tire la bourse et la donne.
Qui ne songe qu'à soi quand sa fortune est bonne
Dans le malheur n'a point d'amis.

vendredi, février 8 2008

Jacques Prévert - Déjeuner du matin


image à voir sur le site de Fabienne Lesterlin ici

Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s'est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis
Son manteau de pluie
Parce qu'il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j'ai pris
Ma tête dans ma main
Et j'ai pleuré.

Extrait de Paroles - à lire sur le site hommage à Prévert

lundi, septembre 3 2007

Robert Jordan - La roue du temps

La fantasy est souvent perçue dans notre pays comme une sous litterature tout juste digne a être lu par un public d'adolescent pré pubère ou d'adulte mal dégrossis. Comme le Métal ou autres musiques glauques au yeux des biens pensant, elle est considérée comme une sous culture.
C'est bien dommage car en dehors de Tolkien, il existe des auteurs digne d'intéret et proche des mythologies des diverses cultures existantes. L'inspiration des écrivains de ce domaine a depuis longtemps su dépasser les clichés du genre. Avec les meilleurs d'entre eux on est bien loin de Conan le Barbare et autres romans du genre.

Robert Jordan fait partie de ces écrivains dont la plume vole bien au dessus du lot. Je suis en cours de lectures de ce qui est considéré par tous comme son chef d'oeuvre, a savoir "la roue du temps". Il y avait bien longtemps qu'un cycle de cette ampleur ne m'avait pas tenue en haleine a ce point. l'oeuvre est atypique de part son ampleur et la profondeur des thèmes abordés. Pas moins de 24 volumes de 500 pages environs pour l'édition française.
Le cycle n'echappe pas a certains clichés du genre, certes, mais ils sont réinventés au cours des diverses aventures des personnages. Ceux-ci ont une profondeur, une humanité très crédible et Jordan réussit a nous tenir en haleine malgré de nombreuses descriptions.

Dommage que nos critiques littéraires, notre petit monde d'écrivains égocentriques, soit si peu ouvert a cette grande litterature, voisine de la science fiction.

mardi, février 27 2007

Pierre Reverdy

article sont je suis l'auteur publié sur Wikipédia et Lyres

LA VIE ET OEUVRE

Pierre Reverdy est né à Narbonne le 13 septembre 1889. Il a grandit au pied de la Montagne Noire dans la maison de son père. Celui-ci lui a appris a lire et écrire. Il venait d'une famille de sculpteur, de tailleurs de pierre d'église. Toute sa vie en sera marquée par un sentiment de religiosité profonde que l'on retrouve dans sa poésie. Il a poursuivit ses études a Toulouse et a Narbonne.
Il arrive a Paris en octobre 1910. C'est la qu'il rencontre ses premiers amis, a Montmartre, du coté du désormais célèbre bateau-lavoir. Pendant seize ans, il vivra, survivra, pour créer des livres. Ses compagnons sont Picasso, Braque, Matisse, et bien d'autres. Toutes ces années sont liées de près ou de loin a l'essor du Surréalisme, dont il sera l'un des inspirateurs, bien que Reverdy ne s'y liera jamais, il influença part son approche des gens comme Aragon, André Breton ou Paul Eluard. En 1917, il fonde la revue Nord-Sud a laquelle collaborerons Apollinaire, Aragon, Breton, Tzara et bien d'autres
Puis, en 1926, il choisit Dieu et part vivre à Solesmes, il avait alors 37 ans, il y resteras jusqu'a sa mort, a 71 ans en 1960. La sont nés ses plus beau receuils, tel Sources du vent, Ferraille, le chant des morts... Reverdy est une sorte de mystique de la poésie, son approche du réèl fait pensée aux images de nos cathédrales, a ce foisonnement, cette débauche de formes pour exprimer l'élan mystique des constructeurs.

PierreReverdy/pRever1.jpg

abbaye de Solesmes

 






Quelques Textes de Reverdy



Reflux

QUAND le sourire éclatant des façades déchire le décor fragile du matin; quand l'horizon est encore plein du sommeil qui s'attarde, les rêves murmurant dans les ruisseaux des haies; quand la nuit rassemble ses haillons pendus aux basses branches, je sors, je me prépare, je suis plus pâle et plus tremblant que cette page où aucun mot du sort n'était encore inscrit. Toute la distance de vous à moi - de la vie qui tressaille à la surface de ma main au sourire mortel de l'amour sur sa fin - chancelle, déchirée. La distance parcourue d'une seul traite sans arrêt, dans les jours sans clarté et les nuits sans sommeil. Et, ce soir, je voudrais, d'un effort surhumain, secouer toute cette épaisseur de rouille - cette rouille affamée qui déforme mon coeur et me ronge les mains. Pourquoi rester si longtemps enseveli sous les décombres des jours et de la nuit, la poussière des ombres. Et pourquoi tant d'amour et pourquoi tant de haine. Un sang léger bouillonne à grandes vagues dans des vases de prix. Il court dans les fleuves du corps, donnant à la santé toutes les illusions de la victoire. Mais le voyageur exténué, ébloui, hypnotisé par les lueurs fascinantes des phares, dort debout, il ne résiste plus aux passes magnétiques de la mort. Ce soir je voudrais dépenser tout l'or de ma mémoire, déposer mes bagages trop lourds. Il n'y a plus devant mes yeux que le ciel nu, les murs de la prison qui enserrait ma tête, les pavés de la rue. Il faut remonter du plus bas de la mine, de la terre épaissie par l'humus du malheur, reprendre l'air dans les recoins les plus obscurs de la poitrine, pousser vers les hauteurs - où la glace étincelle de tous les feux croisés de l'incendie - où la neige ruisselle, le caractère dur, dans les tempêtes sans tendresse de l'égoïsme et les décisions tranchantes de l'esprit.



Chemin Tournant


IL y a un terrible gris de poussière dans le temps
Un vent du sud avec de fortes ailes
Les échos sourds de l'eau dans le soir chavirant
Et dans la nuit mouillée qui jaillit du tournant
    des voix rugueuses qui se plaignent
Un goût de cendre sur la langue
Un bruit d'orgue dans les sentiers
Le navire du coeur qui tangue
Tous les désastres du métier

Quand les feux du désert s'éteignent un à un
Quand les yeux sont mouillés comme
    des brins d'herbe
Quand la rosée descend les pieds nus sur les feuilles Le matin à peine levé
Il y a quelqu'un qui cherche
Une adresse perdue dans le chemin caché
Les astres dérouillés et les fleurs dégringolent
A travers les branches cassées
Et le ruisseau obscur essuie ses lèvres molles à peine décollées

Quand le pas du marcheur sur le cadran qui compte

règle le mouvement et pousse l'horizon
Tous les cris sont passés tous les temps se rencontrent

Et moi je marche au ciel les yeux dans les rayons
Il y a du bruit pour rien et des noms dans ma tête
Des visages vivants
        Tout ce qui s'est passé au monde
Et cette fête
    Où j'ai perdu mon temps


- page 1 de 2