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mercredi, juin 12 2013

René Daumal

daumal5.jpg












Pour faire suite a la première série de texte de Daumal a lire ici, encore quelques texte a découvrir ou redécouvrir.


La peau du monde

Je vis et je vais m'interrogeant de la vie,
et l'image méconnaissable de moi-même,
ce monde d'air, de roc, de maisons, de lumières,
de millions de visages sans lois, sans voix,
ce cuivre, ce bois verni, ces souffles, ces cris
tournent, couleurs à fleur de peau,
formes touchés, mangés, - o suis-je ?


(Non, non, ce n'est pas une devinette,
hélas, ce n'est pas une devinette,
que ce soit ici ou ailleurs,
je ne me reconnais plus.)


Ordre si fragile de la géométrie,
ne me prodigue plus les consolations de ton coeur de fer.
Ces jours, je vais dans les couleurs et les sons même,
et je vois la nuit dans les plus vives lumières,
monde, monstrueux fantôme,
ton jour est la plus vide des nuits.
Une voix dit : o suis-je ? qui suis-je ?
Est-ce ma voix dans ce désert ?

La surface de chaque chose
est tendue par la nuit qui la gonfle,
- oh! cette nuit en voiles de soleil!-
Oui, cette parole dans la bulle d'illusion, cette parole perdue,
ce n'est jamais que la mienne.

Le contre-ciel - Poesie Gallimard


Les dernières paroles du poète (extrait du final)

Et le poète, dans sa prison, se frappait la tête aux murs. Le bruit de tambour étouffé, le tam-tam funèbre de sa tête contre le mur fut son avant-dernière chanson.
Toute la nuit il essaya de s'arracher du cœur le mot imprononçable. Mais le mot grossissait dans sa poitrine et l'étouffait et lui montait dans la gorge et tournait toujours dans sa tête comme un lion en cage.
Il se répétait :
« De toute façon je serai pendu à l'aube. »
Et il recommençait le tam-tam sourd de sa tête contre le mur. Puis il essayait encore :
« Il n'y aurait qu'un mot à dire. Mais ce serait trop simple. Ils diraient :
– Nous savons déjà. Pendez, pendez ce radoteur. »
Ou bien ils diraient :
– Il veut nous arracher à la paix de nos cœurs, à notre seul refuge en ces temps de malheur. Il veut mettre le doute déchirant dans nos têtes, alors que le fouet de l'envahisseur nous déchire déjà la peau. Ce ne sont pas des paroles de paix, ce ne sont pas des paroles faciles à entendre. Pendez, pendez ce malfaiteur !
Et de toute façon je serai pendu.
Que leur dirai-je ?
On entendit des bruits de baïonnettes et d'éperons. Le délai accordé prenait fin. Sur son cou le poète sentit le chatouillement du chanvre et au creux de l'estomac la patte griffue de la mort. Et alors, au dernier moment, la parole éclata par sa bouche vociférant :
« Aux armes ! À vos fourches, à vos couteaux,
à vos cailloux, à vos marteaux
vous êtes mille, vous êtes forts,
délivrez-vous, délivrez-moi !
je veux vivre, vivez avec moi !
tuez à coups de faux, tuez à coups de pierre !
Faites que je vive et moi, je vous ferai retrouver la parole ! »
Mais ce fut son premier et dernier poème.

Le peuple était déjà bien trop terrorisé.
Et pour avoir trop balancé pendant sa vie, le poète se balance encore après sa mort.
Sous ses pieds les petits mangeurs de pourriture guettent cette charogne qui mûrit à la branche. Au-dessus de sa tête tourne son dernier cri, qui n'a personne où se poser.
(Car c'est souvent le sort – ou le tort – des poètes de parler trop tard ou trop tôt.)

René Daumal, Le Contre-ciel, 1936

dimanche, juin 9 2013

Charles Baudelaire - l'étranger



Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère?

Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.

Tes amis?

Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.

Ta patrie ?

J'ignore sous quelle latitude elle est située.

La beauté

Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.

L'or ?

Je le hais comme vous haïssez Dieu.

Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire Étranger ?

J'aime les nuages... les nuages qui passent... là bas... là bas... les merveilleux nuages

lundi, mai 13 2013

Michel Leiris - Corruption

né en 1901 à Paris, Michel Leiris commence a écrire vers l'âge de vingt ans. 
Le peintre André Masson fut alors son premier soutien. dès 1924, il participe au mouvement surréaliste. il en sera membre jusqu'en 1929.
il est surtout connus pour son œuvre et sa carrière d'ethnologue. 
Ce grand explorateur de l'inconscient nous a quitter en 1990.



Michel-Leiris_medium.jpgLes hommes
torturés dans leurs corps
et pourris jusque dans leurs mots
dont tant sont aujourd'hui déviés
de leur pôle naturel

Les choses
vidées de leur contenu
et devenues oripeaux
de la puante comédie
où le monde sue sang et eau

 Le son singeant le pain
le bois changé en laine
la couleur rouge du vin
alors que le sang blémit sur les murs des prisons
ou brunit en se mélant à la boue

La terre prise pour tanière
la lumière obscurcie
la femme faite nié de larmes
et l'homme mué en pierre
dont chaque jour comme chaque nuit accroissent le silence

Faudra-t-il
ô victimes
être à votre tour bourreaux
pour rendre a leur destins les essences ?


samedi, mai 4 2013

Ebook _ Edgar Allan Poe - Histoire extraordinaires

Edgar Allan Poe est un écrivain mythique et maudit, un de ces hommes au destin foudroyé que l'on range parmi les poètes maudits.

Ses histoires extraordinaires sont génialement construites, elles m'ont enchantées et continues de faire partie de mes œuvres préférés.

Je vous invite vivement a les redécouvrir dans leur traduction par Baudelaire, cet autre génie qui a su rendre Poe célèbre en France.

poehe.jpgformat pdf

http://cyberpoete.fr/lyres/telecharg/POE_Histoires_extraordinaires.pdf


format epub

http://cyberpoete.fr/lyres/telecharg/poe/Histoires Extraordinaires - Edgar Allan Poe.epub

dimanche, décembre 9 2012

Tristan Corbière



Tristan Corbière fait parti de ceux que Verlaine appelait les "poètes maudits".

Mort avant d'avoir 30 ans, malade et solitaire, lui qui voulait être marin passa sa vie à terre, inconnu, oublié de tous jusqu’à ce que Verlaine et Huysmans ne le révèle.

Il n'édita qu'un recueil de poésie, à compte d'auteur, et quitta ce monde qui décidément ne lui avait pas fait de cadeau.

Ci après, deux extraits des amours jaunes, l'un ouvrant le bal des poèmes, le second le fermant.


LE POÈTE ET LA CIGALE

Un poète ayant rimé,
Vit sa Muse dépourvue
De marraine, et presque nue :
Pas le plus petit morceau
De vers... ou de vermisseau.
Il alla crier famine
Chez une blonde voisine,
La priant de lui prêter
Son petit nom pour rimer.
(C’était une rime en elle

– Oh ! je vous paîrai, Marcelle,
Avant l’août, foi d’animal !
Intérêt et principal. –
La voisine est très prêteuse,
C’est son plus joli défaut :
– Quoi : c’est tout ce qu’il vous faut ?
Votre Muse est bien heureuse...
Nuit et jour, à tout venant,
Rimez mon nom.... Qu’il vous plaise !
Et moi j’en serai fort aise.

Voyons : chantez maintenant.



<...>



LA CIGALE ET LE POÈTE
 
Le poète ayant chanté,
          Déchanté,
Vit sa Muse, presque bue,
Rouler en bas de sa nue
De carton, sur des lambeaux
De papiers et d’oripeaux.
Il alla coller sa mine
Aux carreaux de sa voisine,
Pour lui peindre ses regrets
D’avoir fait – Oh : pas exprès ! –
Son honteux monstre de livre !...

– « Mais : vous étiez donc bien ivre ?
– Ivre de vous !... Est-ce mal ?
– Écrivain public banal !
Qui pouvait si bien le dire...
Et, si bien ne pas l’écrire !
– J’y pensais, en revenant...
On n’est pas parfait, Marcelle...
– Oh ! c’est tout comme, dit-elle,
Si vous chantiez, maintenant !

dimanche, août 26 2012

Hildegarde de Bingen - Le livre des Oeuvres divines

Hildegarde de Bingen est une visionnaire, musicienne, femme médecin et grande érudite qui vécues en plein moyen age allemand, c'est a dire entre 1098 et 1179.


Contrairement aux idées reçues sur cette époque de l'histoire européenne, le moyen age ne fut pas une période barbare, mais bien plutôt une période d'une richesse méconnues. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder autour de nous et l'on verra que le nombre de monument datant de cette époque et nous entourant est impressionnant.

Le texte est une constitué d'une série de visions mystiques d'une beauté époustouflante que la mystique interprète a l'aune de son savoir encyclopédique. Il y a dans ce texte de nombreuses interrogations sommes toute très humaines même si Hildegarde de Bingen utilise une voie très poétique pour essayer d'y répondre a sa façon.

Le livre original a aussi inspiré de nombreux enlumineurs qui ont produit de superbes miniatures pour l'illustrer.


Que l'on soit intéressé ou pas par la religion, ce livre a surtout une indéniable force d'évocation poétique et peut permettre de mieux comprendre l'esprit de nos frères humains (comme diraient Villon) qui vivaient a cette époque.

samedi, juin 23 2012

Florian - Les deux voyageurs

Je vous ai deja parler de Pierre Claris de Florian (ici) un fabuliste Français moins connu que Jean de la Fontaine, mais tout aussi intéressant 


Les deux voyageurs 
fable de Mr de Florian


Le compère Thomas et son ami Lubin
Allaient à pied tous deux à la ville prochaine.
Thomas trouve sur son chemin
Une bourse de louis pleine ;
Il l'empoche aussitôt. Lubin, d'un air content,
Lui dit : pour nous la bonne aubaine !
Non, répond Thomas froidement,
Pour nous n'est pas bien dit, pour moi c'est différent.
Lubin ne souffle plus ; mais, en quittant la plaine,
Ils trouvent des voleurs cachés au bois voisin.
Thomas tremblant, et non sans cause,
Dit : nous sommes perdus ! Non, lui répond Lubin,
Nous n'est pas le vrai mot, mais toi , c'est autre chose.
Cela dit, il s'échappe à travers les taillis.
Immobile de peur, Thomas est bientôt pris,
Il tire la bourse et la donne.
Qui ne songe qu'à soi quand sa fortune est bonne
Dans le malheur n'a point d'amis.

samedi, mai 12 2012

Ebook _ Fables de La Fontaine

Jean de La Fontaine (8 juillet 1621 à Château-Thierry, 13 avril 1695 à Paris) est un poète français de la période classique dont l'histoire littéraire retient essentiellement les Fables et dans une moindre mesure les contes licencieux. 
On lui doit cependant des poèmes divers, des pièces de théâtre et des livrets d'opéra qui confirment son ambition de moraliste.

S'inspirant des fabulistes de l'Antiquité gréco-latine et en particulier d'Ésope, il écrit les Fables qui font sa renommée.

Le premier recueil qui correspond aux livres I à VI des éditions actuelles est publié en 1668.
le deuxième (livres VII à XI) en 1678.
et le dernier (livre XII actuel) est daté de 1694.

Vous trouverez dans l'édition numérique que je propose sur ici l'ensemble des fables de La Fontaine. 
Bonne lecture a tous.

Format epub

Format pdf

lundi, avril 16 2012

Ebook _ Charles Baudelaire : Les Fleurs du mal

Continuons dans la serie ebooks avec Les Fleurs du mal, grand classique de Baudelaire

Format epub

Format pdf

dimanche, avril 15 2012

Ebook _ Alain Fournier - Le Grand Meaulnes

Un ebook a télécharger et lire sans modération.

http://cyberpoete.fr/lyres/telecharg/Fournier_le_grand_meaulnes.pdf

http://cyberpoete.fr/lyres/telecharg/Le grand meaulnes - Alain Fournier.epub

mardi, avril 10 2012

Francois Villon - Le grand Testament

Orphelin pauvre, François de Moncorbier est recueilli par Guillaume de Villon, chanoine de Saint-Benoît. Il prendra plus tard le nom de son tuteur, qui l'inscrit à la Sorbonne, passage obligé pour qui veut devenir clerc ou magistrat. En 1452, il est licencié et maître ès arts.

Cependant, sa destinée sera beaucoup plus tumultueuse : il court les tavernes, se compromet joyeusement avec une population louche et pittoresque de joueurs, d'escrocs et de voleurs, tout en fréquentant la jeunesse dorée et nantie de l'époque. Il raffole de cette vie mouvementée, insouciante et périlleuse.

En 1455, il blesse mortellement un prêtre, Philippe Sermoise, lors d'une échauffourée provoquée par une certaine Isabeau. Il s'enfuit de Paris, erre en province et se lie à des malandrins aussi bien qu'à de grands seigneurs. C'est à cette même époque qu'il commence la rédaction des Lais ou Petit Testament.

Au bout de quelques mois, il réapparaît à Paris, commet un nouveau forfait : un vol au collège de Navarre. Puis, il s'évanouit dans la nature.

On le retrouve à Blois en 1457 à la cour de Charles d'Orleans, le poète fera apparaitre des oeuvres de Villon dans un manuscrit ou il compile ses oeuvres avec celle de ses courtisans. Il disparait de nouveau.


On retrouve sa trace dans un cachot de Meung-sur-Loire où il croupit, au pain sec et à l'eau, pour on ne sait quelle affaire. Il doit sa liberté à Louis XI qui distribue moult grâces à l'occasion de son récent avènement.


Revenu à Paris, il compose le Grand Testament, recueil de poésies et de ballades, dont la plus célèbre est la Ballade des Dames du temps jadis.

Nouvelle condamnation, vers 1463, après une rixe qu'il provoque avec trois de ses compagnons. Il subit la question avant d'être condamné à mort. Pieux aux heures sombres, il écrit alors la Ballade des Pendus, ou Epitaphe Villon. Sa sentence est commuée en bannissement. Dès lors, on perd sa trace.





Le grand testament 


I

En l'an de mon trentiesme aage,
Que toutes mes hontes j'euz beues,
Ne du tout fol ne du tout saige
Non obstant maintes peines eues
Lesquelles j'ay toutes receues
Soubz la 'nain Thibault d'Aucigny
S'esvesque il est, signant les rues,
Qu'il soit le mien, je le regny.

 II

Mon seigneur n'est ne mon evesque,
Soubz luy ne tiens s'il n'est en friche;
Foy ne luy doy n'ommaige avecque,
Je ne suis son serf ne sa biche.
Peu m'a d'une petite miche
Et de froide eaue tout ung esté;
Large ou estroit, moult Me fut chiche.
Tel luy soit Dieu qu'il m'a esté!

III

Et s'aucun me vouloit reprendre
Et dire que je le maudiz,
Non faiz, se bien me scet comprendre;
En riens de luy je ne mesdiz.
Vecy tout le mal que j'en dis:
S'il m'a esté misericors,
Jhesus, le roy de paradis,
Tel luy soit a l'ame et au corps!

IV

Et s'esté m'a dur ne cruel,
Trop plus que cy je ne raconte,
Je veul que le Dieu eternel
Luy soit dont semblable a ce compte.
Et l'Eglise nous dit et compte
Que prions pour noz annemys;
Je vous diray j'ay tort et honte,
Quoy qu'il m'aist fait, a Dieu remys.

V

Sy prieray pour luy de bon cueur,
Pour l'ame du bon feu Cotart;
Mais quoy! ce sera donc par cueur,
Car de lire je suis fetart.
Priere en feray de picart:
S'il ne le scet, voise l'apprendre,
S'il m'en croit, ains qu'il soit plus tart,
A Douay ou a L'Ysle en Flandre!

VI

Combien, s'oveult que l'on prie
Pour luy, foy que doy mon baptesme,
Obstant qu'a chacun ne le crye,
Il ne fauldra pas a son esme:
Ou psaultier prens, quant suis a mesme,
Qui n'est de beuf ne cordouen,
Le verselet escript septiesme
Du psëaulme Deus laudem.

VII

Si prie au benoist filz de Dieu,
Qu'a tous mes besoings je reclame,
Que ma povre priere ait lieu
Vers luy, de qui tiens corps et ame,
Qui m'a preservé de maint blasme
Et franchy de ville puissance;
Loué soit il, et Nostre Dame,
Et Loÿs, le bon roy de France,

VIII

Auquel doint Dieu Peur de Jacob
Et de Salmon l'onneur et gloire
—Quant de prouesse, il en a trop,
De force aussi, par m'ame, voire—,
En ce monde cy transsitoire
Tant qu'il a de long ne de lé,
Afin que de lui soit memoire,
Vivre autant que Mathussalé,

IX

Et douze beaux enffans, tous masles,
Veoir de son cher sang royal,
Aussi preux que fut le grant Charles,
Conceuz en ventre nuptïal,
Bons comme fut saint Marcial.
Ainsi en preigne au feu daulphin!
Je ne lui soubzhaicte autre mal,
Et puis paradis en la fin.

X

Pour ce que foible je me sens,
Trop plus de biens que de sancté,
Tant que je suis en mon plain sens,
Sy peu que Dieu m'en a presté,
Car d'autre ne l'ay emprunté,
J'ay ce testament tres estable
Fait, de derreniere voulenté,
Seul pour tout et inrevocable.

XI

Escript l'ay l'an soixante et ung,
Lors que le roy me delivra
De la dure prison de Mehun
Et que vie me recouvra,
Dont suis, tant que mon cueur vivra,
Tenu vers luy m'usmilier,
Ce que feray jusqu'il moura:
Bienfait ne se doit oublier.

XII

Or est vray qu'après plains et pleurs
Et angoisseux gemissemens,
Après tritresses et douleurs,
Labeurs et griefz cheminemens,
Travail mes lubres sentemens,
Esguisez comme une pelocte,
M'ouvrist plus que tous les commens
D'Averroÿs sur Arristote.

XIV

Je suis pecheur, je le sçay bien,
Pourtant ne veult pas Dieu ma mort,
Mais convertisse et vive en bien,
Et tout autre que pechié mort.
Combien qu'en peché soye mort,
Dieu vit, et sa misericorde,
Se conscïence me remort,
Par sa grace pardon m'acorde.

XV

Et comme le noble Roumant
De la Rose
dit et confesse
En son premier commancement
C'on doit jeune cueur en jeunesse,
Quant on le voit viel en viellesse,
Excuser, helas! il dit voir;
Ceulx donc qui me font telle presse
En meureté ne me vouldroient voir.

XVI

Se pour ma mort le bien publicque
D'aucune chose vaulsist mieulx,
A mourir comme ung homme inique
Je me jugasse, ainsi m'est Dieux!
Griefz ne faiz a jeunes ne vieux,
Soie sur piez ou soye en bierre:
Les mons ne bougent de leurs lieux
Pour ung povre, n'avant n'arriere.

XVII

Ou temps qu'Alexandre regna,
Ungs homs nommé Dïomedés
Devant lui on lui admena
Engrillonné pousses et detz
Comme larron, car il fut des
Escumeurs que voyons courir;
Sy fut mis devant ce cadés
Pour estre jugiez a mourir.

XVIII

L'empereur si Paraisonna:
« Pourquoy es tu laron en mer? »
L'autre responce lui donna:
« Pourquoy laron me faiz clamer?
Pour ce qu'on me voit escumer
En une petiote faste?
Se comme toy me peusse armer,
Comme toy empereur je feusse.

XIX

» Mais que veulx tu! de ma fortune,
Contre qui ne puis bonnement,
Qui si faulcement me fortune,
Me vient tout ce gouvernement.
Excusez moy aucunement
Et saichiez qu'en grant povreté,
Ce mot se dit communement,
Ne gist pas grande loyaulté. »

XX

Quant l'empereur ot remiré
De Dïomedés tout le dit,
« Ta fortune je te mueray
Mauvaise en bonne », ce lui dist.
Si fist il; onc puis ne mesdit
A personne, mais fut vray homme.
Valere pour vray le bauldit
Qui fut nommé le Grant a Romme.

XXI

Se Dieu m'eust donné rencontrer
Ung autre piteux Alixandre
Qui m'eust fait en bon eur entrer,
Et lors qui m'eust veu condescendre
A mal, estre ars et mis en cendre
Jugié me feusse de ma voys.
Neccessité fait gens mesprendre
Et fain saillir le loup du boys.

XXII

Je plains le temps de ma jeunesse,
Ouquel j'ay plus qu'autre gallé
Jusqu'a l'entree de viellesse,
Qui son partement m'a cellé:
Il ne s'en est a pié alé
N'a cheval, helas! comment don?
Soudainement s'en est vollé
Et ne m'a laissié quelque don.

XXIII

Alé s'en est, et je demeure,
Povre de sens et de savoir,
Triste, failly, plus noir que meure,
Qui n'ay ne cens, rente n'avoir.
Des miens le mendre, je dy voir,
De me desavouer s'avance,
Oubliant naturel devoir
Par faulte d'un peu de chevance.

XXIV

Si ne crains avoir despendu
Par friander ne par lescher;
Par trop amer n'ay riens vendu
Qu'amis me peussent reprouchier,
Au moins qui leur couste moult cher;
Je le dy et ne croys mesdire.
De ce je me puis revanchier:
Qui n'a meffait ne le doit dire.

XXV

Bien est verté que j'é aymé
Et aymeroye voulentiers;
Mais triste cueur, ventre affamé,
Qui n'est rassasïé au tiers,
M'oste des amoureux sentiers.
Au fort, quelc'um s'en recompence
Qui est remply sur les chantiers,
Car la dance vient de la pance!

XXVI

Bien sçay, se j'eusse estudïé
Ou temps de ma jeunesse folle
Et a bonnes meurs dedïé,
J'eusse maison et couche molle
Mais quoy! je fuyoie l'escolle
Comme fait le mauvaiz enffant.
En escripvant ceste parolle,
A peu que le cueur ne me fent.

XXVII

Le dit du Saige trop lui feiz
Favourable, bien en puis mais!
Qui dist: « Esjoïs toy, mon filz,
En ton adolessence », mes
Ailleurs sert bien d'un autre mes,
Car « Jeunesse et adolessance
—C'est son parler, ne moins ne mes —
Ne sont qu'abuz et ygnorance ».

XXVIII

Mes jours s'en sont alez errant,
Comme, dit Job, d'une touaille
Font les filletz, quant fixerant
En son poing tient ardente paille:
Lors s'il y a nul bout qui saille,
Soudainement il le ravit.
Sy ne crains plus que riens m'assaille,
Car a la mort tout s'assouvit.

XXIX

Ou sont les gradeux galans
Que je suivoye ou temps jadiz,
Si bien chantans, si bien parlans,
Sy plaisans en faiz et en diz?
Les aucuns sont mors et roidiz,
D'eulx n'est il plus riens maintenant
—Respit aient en paradis,
Et Dieu saulve le remenant!

XXX

Et les autres sont devenuz
Dieu mercy, grans seigneurs et maistres 
Les autres mendient tous nuz
Et pain ne voient qu'aux fenestres 
Les autres sont entrez en cloistres
De Celestins et de Chartreux
Bostés, houlsés com pescheurs d'oestres
Voyez l'estat divers d'entr'eux!

XXXI

Aux grands maistres Dieu doint bien fere
Vivans en paix et en requoy
En eulx il n'y a que reffaire
Si s'en fait bon taire tout quoy.
Mais aux povres qui n'ont de quoy,
Comme moy, Dieu doint pascîence.
Aux autres ne fault qui ne quoy,
Car assez ont pain et pictence.

XXXII

Bons vins ont, souvent embrochez,
Saulces, brouestz et groz poissons,
Tartes, flans, oefz fritz et pochetz,
Perduz et en toutes façons.
Pas ne ressemblent les maçons
Que servir fault a si grant peine :
Ilz ne veullent nulz eschançons,
De soy verser chacun se paine.

XXXIII

En cest incident me suis mis,
Qui de riens ne sert a mon fait.
Je ne suis juge ne commis
Pour pugnir n'assouldre meffait 
De tous suis le plus imparfait 
Loué soit le doulx Jhesu Crist!
Que par moy leur soit satisfait :
Ce que j'ay escript est escript.

XXXIV

Laissons le moustier ou il est,
Parlons de chose plus plaisante;
Ceste matiere a tous ne plest,
Ennuieuse est et desplaisante.
Povreté, chagrine, doulente,
Tousjours, despiteuse et rebelle,
Dit quelque parolle cuisante;
S'elle n'ose, si le pense elle.

XXXV

Povre je suis de ma jeunesse,
De povre et de peticte extrasse;
Mon pere n'eust oncq grant richesse,
Ne son ayeul nommé Orrace;
Povreté tous nous suit et trace.
Sur les tumbeaux de mes ancestres,
Les ames desquelz Dieu embrasse,
On n'y voit couronnes ne ceptres.

XXXVI

De povreté me grementarit,
Souventeffoiz me dit le cueur:
« Homme, ne te doulouse tant
Et ne demaine tel douleur!
Se tu n'as tant qu'eust Jaques Cueur,
Mieulx vault vivre soubz groz bureau
Pouvre, qu'avoir esté seigneur
Et pourrir soubz riche tumbeau. »

XXXVII

Qu'avoir esté seigneur Que dis?
Seigneur, lasse! ne l'est il mais?
Selon les davitiques diz
Son lieu ne congnoistra jamaiz.
Quant du seurplus, je m'en desmez:
Il n'appartient a moy, pecheur;
Aux theologiens le remectz,
Car c'est office de prescheur.

XXXVIII

Sy ne suis, bien le considere,
Filz d'ange portant diadame
D'estoille ne d'autre sidoire:
Mon pere est mort, Dieu en ait l'ame!
Quant est du corps, il gist soubz lame;
J'entens que ma mere mourra
—El le scet bien, la povre femme! —
Et le filz pas ne demourra.

XXXIX

Je congnois que pouvres et riches,
Sagez et folz, prestres et laiz,
Nobles, villains, larges et chiches,
Petiz et grans, et beaulx et laitz,
Dames a rebrassés colletz,
De quelconque condicion,
Portans atours et bourreletz,
Mort saisit sans excepcïon.

XL

Et meure Paris ou Elayne,
Quicunques meurt meurt a douleur
Telle qu'il pert vent et alaine,
Son fiel se criesve sur son cueur,
Puis sue Dieu scet quel sueur...
Et n'est qui de ses maulx Palege,
Car enffant n'a, frere ne seur,
Qui lors voulsist estre son pleige.

XLI

La mort le fait fremir, pallir,
Le nez courber, les vaines tendre,
Le col enfiler, la chair moslir,
Joinctes et nerfz croistre et estendre...
Corps femenin, qui tant est tendre,
Poly, souëf, si precieulx,
Te fauldra il ces maulx attendre?
Oy, ou tout vif aler es cieulx.

jeudi, mars 29 2012

Benjamin Peret - Je ne mange pas de ce pain là


Ecrivain et poète surréaliste, né en 1899 à Rezé et mort a cinquante ans a Paris.

C'est le seul surréaliste à avoir soutenu Breton jusqu’à sa mort et a être rester fidèle a la cause révolutionnaire.

Très engagé politiquement, il passa sa vie a défendre ses idées. Comme la plupart des surréaliste, il s'incrit au parti communiste, et tente avec eux de "changer la vie".
En 1927, il suit son épouse au Brésil, d’où il sera expulsé pour ses activités politiques en 1931. Puis ce fut l'engagement pour au coté des parti ouvriers lors de la guerre d'Espagne en 1936 ou il retrouve Aragon.
De retour a Paris en 1939, il est mobilisé et se fait incarcéré pour ses activités politiques. Libéré sous caution, il réussit a franchir la ligne de démarcation.

Les états unis lui ayant refusé son visa en raison de son engagement politique, il fuit vers le Mexique. Il y restera jusqu'en 1948, avec sa compagne d'alors : la peintre espagnol Remedios Varo
. C'est là qu'il se passionnera pour l'art maya et la culture indiennes

De retour en France, il tentera de relancer le mouvement surréaliste, mais les temps ont changés et l'heure est plus au patriotisme et au héros de la résistance. Et son pamphlet "le déshonneur des poètes" en réaction au texte d'Eluard, Seghers et Lescure :'l'honneur des poètes" lui vaudra d'être mis a l'écart de la communauté littéraire de l"époque.

Il finira sa vie, misérable et esseulé en 1949 a Paris,

Sur sa tombe figure cette épitaphe "Je ne mange pas de ce pain là" en souvenir d'un de ces recueil de textes polémiques.




Un malheur ne vient jamais seul


Les grues sont tombées sur l'amiante
avec leurs mains de poutres
gonflées de gaz étoilés
Un peu plus nous étions seuls
et c'eût été dommage
un lendemain de fête
Ce n'est pourtant pas gai
Une fête non plus
mais Jeanne d'Arc est heureusement morte
et les péniche coulées font l'amour avec elle
Un amour de cheval
qui ferait rire un Turc
A bas les moineaux

LES BELLES MANIÈRES

À la lumière des cravates
on découvre les cœurs
et la saveur salée
des cheveux des servantes
Évente-toi si tu peux
le portier est aux hôtes
et les chats les chiens les cascades et les morts
Dans le port il y a un cerf malade
il a mangé des noix
Sa voix est chaude comme un astre
il regrette les autos des routes
et les poissons d’eau douce
Il a mangé des noix
des noix sans voix et sans chaleur
et sa peau se désole
comme une mine de charbon

extrait "Le grand jeu"



MILLE REGRETS

Du fond du granit qui cache son secret de lichen
sous un clinquant de saltimbanques
encerclant une équipe de lutteurs transis de froid
sous leur vêtement de pince à épiler
émerge une lueur triste de lampe à pétrole qui serait une
chatte
guettant les cicatrices essoufflées du mur
ermite barbu qu’une vaste plaine plantée de conques marines
rapproche des troncs qui l’ont banni
mais isole des banques dont les cloches qu’il n’entend pas
hantent son sommeil peuplé de hanches
flottant dans un vent d’aurore qui lui rend des satins mats
dont la teinte se ravivera vite
pourvu que la chatte esquisse le pas des lanciers
devant sa proie satisfaite d’une goutte d’eau venue de si loin
qu’elle s’affaisse épuisée par la fatigue
de tant de passages du chaud au froid
que l’accordéon expire dans ses bras en projetant un dernier
jet de vinaigre
indispensable à la multiplication des feuilles
qui répètent l’heure à tous les échos

extrait de "A tâtons", 1946

mercredi, mars 14 2012

Voltaire - Le loup moraliste

Le célèbre Voltaire fut aussi l'auteur de quelques fables ont celle-ci :

Un loup, à ce que dit l'histoire ,
Voulut donner un jour dès leçons à son fils ,
Et lui graver dans la mémoire,
Pour être honnête loup, de beaux & bons avis.
Mon fils, lui disait-il, dans ce désert sauvage ,
A l'ombre des forêts, vous paierez vos jours 
; Vous pourez cependant avec les petits ours
Goûter les doux plaisirs qu'on permet à votre âge
. Contentez-vous du peu que j'amasse pour vous,
Point de larcin, menez une innocente vie,
Point de mauvaise compagnie,
Choisissez pour amis les plus honnêtes loups.
Ne vous démentez point, soyez toujours le même,
Ne satisfaites point vos apetits gloutons;
Mon fils, jeûnez plutôt l'avent & le carême
Que de sucer le sang des malheureux moutons ;
Car enfin, quelle barbarie!
Quels crimes ont commis ces innocens agneaux?
Au reste , vous savez qu'il y va de la Vie:
D'énormes chiens défendent les troupeaux.
Helas ! je m'en souviens, un jour votre grand père,
Pour apaiser sa faim, entra dans un hameau :
Dès qu'on s'en aperçut; ô befe carnacière ;
Au loup, s'écriat-on ; l'un s'arme d'un hoyau,
L'autre prend une fourche, & mon père eut beau faire ,
Hélas ! il y laissa sa peau ;
De sa témérité ce fut-là le salaire.
Sois sage à ses dépens, ne fuis que la vertu ,
Et ne fois point bâtant de peur d'être batu:
Si tu m'aimes , déteste un crime que j'abhore,
Le petit vit alors, dans la gueule du loup,
De la laine, & du sang qui dégoûtait encore ;
Il se mit à rire à ce coup.
Comment! petit fripon, dit le loup en colère,
Comment! vous riez des avis
Que vous donne ici votre père&n
bsp;! Tu seras un vaurien, va, je te le prédis
: Quoi! se moquer déjà d'un conseil salutaire !
L'autre répondit en riant:
Mon père je ferai ce que je vous vois faire,
Votre exemple est un bon garant.
Tel un prédicateur, sortant d'un bon repas,
Monte dévotement en chaire ,
Et Vient bien fouré , gros & gras ,
Prêcher contre la bonne chère.


lundi, mars 12 2012

Othon de Grandson

Othon de Grandson est un poète du XIVe siècle (1350 - 1397), originaire du pays de Vaud en suisse.

Militaire reconnu pour sa bravoure, il se distingua pendant la guerre de cent ans à la cour d’Angleterre ou il devint capitaine.

Après avoir quitté l'Angleteterre, il prit comme protecteur Amédée VI de Savoie, mais par malheur celui-ci meurt des suite d'une mauvaise blessure qui s'était infectées.

Othon est alors accusé d'avoir assassiné son protecteur.

Il s’exile en Angleterre, pays qui fit sa gloire passée. 



C'est à cette époque qu'il écrivit les pièces qui lui valurent sa gloire littéraire. 
Privé de ses biens dans son pays, il y revient pour demander justice et accepte un duel judiciaire qui malheureusement lui coûtera la vie.

Othon ne sera pas oublié grace a Chaucer, le poète anglais, et Christine de Pisan qui l'avait remarqué.

Othon a popularisé la fête anglaise de la St Valentin dans le monde latin et y a consacré une partie non négligeable de son oeuvre. La fête sera de nouveau oublié dans le monde latin, avant d'être réintroduite au XIXe siècle.

Virelay

Je vous aime, je vous desir,
Je vous vueil doubter et servir,
Je suy vostrë ou que je soye,
Je ne puis sanz vous avoir joye,
Je puis par vous vivre et morir.

Onques si fort ne vous amay,
Onques tant ne vous desiray
De tout entier le cuer de moy.
Vostre lige suy et seray,
Jamaiz autre ne serviray,
Je le vous jure par ma foy.

Loyal amour me fait sentir,
En penser et en souvenir,
Plus que onques senti n’avoye,
Car il n’est riens que sanz vous voye
En quoy mon cuer prengne plaisir.

Je vous aime, je vous desir,
Je vous vueil doubter et servir,
Je suy vostrë ou que je soye,
Je ne puis sanz vous avoir joye,
Je puis par vous vivre et morir.

mardi, décembre 27 2011

Louis Aragon

Louis Aragon est né le 3 octobre 1897 à Paris. Il y meurt le 24 décembre 1982.

Entre ces deux dates, la vie d’un homme, d’un homme hors du commun.

Une vie en quête de vérité, de sa vérité.

Une vie qui a commencée par un mensonge, celui de sa naissance.

Avec sa mère

 

Son père : Louis Andrieux, 57 ans, un notable, procureur de la république à Lyon, puis député, préfet de police, et ambassadeur de France en Espagne.

Sa mère : Marguerite Toucas, 24 ans. Elle fera passer Aragon pour le fils adoptif de sa mère et Andrieux pour son parrain.

L’enfance se passe à Paris puis à Neuilly ou sa tient une pension de famille.

Après son baccalauréat latin-sciences, il s’inscrit à la faculté de médecine en 1916, il est affecté au Val de grâce. Nommé médecin auxiliaire en 1918, il part pour le front. C'est à cette époque que Louis Andrieux et sa mère lui avoue le secret de ses origines.

Il publie son premier poèmes « soif de l’ouest » dans le numéro de mars de Nord-Sud, revue fondée par Pierre Reverdy. Puis en juin, il part pour le front. En août, il est cité a l’ordre du régiment et reçoit la croix de guerre.

C’est pendant cette période qu’il rencontrera Breton, lui aussi médecin. Tout deux passerons des nuits a lire Lautréamont. Plus tard, après la guerre, après Dada, ils fonderont le mouvement surréaliste avec Philippe Soupault.

En 1920, Tzara, le maître du Dadaïsme arrive a Paris. Les trois jeunes gens s’enflamment pour cette révolte contre l’ordre établi. Aragon publie « Feu de Joie ». Soupault et Breton publie « les champs magnétiques ». C’est aussi l’époque ou, avec Breton, il essaie en vain d’adhérer au parti communiste.

Le premier roman, « Anicet ou le panorama » paraît. Aragon, en plus d’être un grand poète, fut aussi un romancier hors pair, au grand dam d’André Breton. Déjà Aragon se distingue de ses camarades.

1922, échec a l’examen de médecine. Il n’aura pas a choisir entre celle-ci et la littérature. La même année, il publie « les aventures de Télémaque ». Une approche moderne d’une aventure on ne peut plus classique, notre poète essaiera toujours de concilier tradition et modernisme, toute son œuvre en témoigne.

Puis, en 1924, pendant que Breton publie le « manifeste du surréalisme », Aragon, quand à lui, fait éditer « le Libertinage ».

Pendant plusieurs années, Aragon est plongé dans le surréalisme. Il participe a diverses manifestations surréalistes, publie des recueils de poésie tel « le mouvement perpétuel », tout en continuant a être prosateur avec « Le paysan de Paris ».

Il publie son manifeste, le « Traité du style ».

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en 1930

De 1926 a 1928, il vivra avec Nancy Cunnard. Elle le quittera lors d’un voyage à Venise. C’est avec elle, qu’il détruira les pages de son romans « La défense de l’infini » dans un hôtel madrilène. C’est aussi pendant cette période qu’il finira par adhérer au PCF , en compagnie de Breton et d’Eluard. Ceux-ci n’y resterons que quelques mois.

Après un tentative de suicide, la vie reprend son court, il s’installe rue du Château, lieu ou vécurent notamment les frères Prévert, des amis d’enfance. Il rencontre Maïakovski, puis Elsa Triolet la belle sœur du poète russe.

Il commence a se détacher du surréalisme. Après la publication de « front rouge » que Breton qualifiera de poésie de circonstance, ce que revendiquera Aragon et une série de pamphlets (« spécialité du chef de file du surréalisme ») qui ne feront qu’envenimer leurs relations déjà tendues depuis des années, la rupture sera définitive.

Jusqu’en 1939, sa vie sera jalonnée par plusieurs voyages en URSS, ce sera une vie de militant, de défenseur du communisme. Il accueille à la frontière des républicains espagnols et militent pour la défense de la culture.

Le 28 février 1939, il se marie avec Elsa, la femme de sa vie. Il s’éloigne des communiste en prônant un pacte entre France, Angleterre et URSS, alors que se signe le pacte germano-soviétique.

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Elsa

En septembre, il est mobilisé et affecté comme médecin auxiliaire. C’est pendant cette période, qu’il écrit les poèmes du « crève-cœur », premier recueil apolitique depuis bien des années.

En 1940, Il commence la publication des « voyageurs de l’impériale » a la NRF, revue dirigée alors par Drieu la Rochelle. Puis c’est le tour de la « rime en 1940 » ou il prend la défense d’une poésie « classique ». Le texte va en fait beaucoup plus loin qu’il n’y paraît car en défendant la tradition en une tel époque, il s’oppose nettement au visées du nazisme et de son homologue le communisme qui prétendait tout deux dirigé la vie culturelle.

Cette même année, il reçoit de nouveau la croix de guerre. Aragon a toujours été, quoique l’on dise, un combattant. Tout les témoignages montrent que la peur de la mort n’a jamais été sa préoccupation première. C’était un chevalier au sens que donne le cycle du Graal a ce mot , toujours près a défendre l’Elue de leur cœur et a partir au combat si cela s’avère nécessaire.

En 1941, il renoue avec le PCF clandestin. Drieu la rochelle cesse la publication des « voyageurs de l’impériale » à la NRF.

Aragon et Elsa sont arrêtés par les allemand sur la ligne de démarcation, ils seront emprisonnés a Tours. Ils sont finalement relâchés et vont s’installés a Nice.

C ‘est l’époque de la résistance. Aragon, a l’instar d’Eluard, fait parti de ceux qui dans l’ombre ont résister a l’Allemagne Nazie. Pendant cette périodes naîtront les textes célèbrent comme les « yeux d’Elsa » ou « la rose et le réséda ».

Aragon sera un résistant actif, en 45 il suit De Gaulle dans son voyage en Alsace et en Lorraine. C’est aussi a ce moment qu’Elsa obtient le prix Goncourt pour son roman « le premier accroc coûte deux cent francs ».

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Les années après guerres sont liées a L'histoire du PCF. Jusqu'a la mort d'Elsa en 1970, Aragon ne publiera plus de grandes œuvres polémiques... Par contre, c'est pendant ces années là que naîtrons : "Le roman inachevé", son autobiographie poétique ; "Les Poètes", son histoire de la poésie, et surtout "Elsa" et "Le fou d'Elsa" deux textes dans dans la tradition de l'amour poétique et en même temps si novateur.

Après la mort de l'Aimée, Aragon continuera son œuvres a la foi poétique et politique mais sa détachera bien des fois du communisme "pur et dur"  notamment en protestant contre la déchéance de nationalité du musicien Mstislav Rostropovitch ou en condamnant le trucage du suicide du fils de Nezval, le Poète Tchèque. Protestations qui lui valurent une forte mise en garde ses dirigeants du PCF, et surtout qui se traduisirent par une cessation du soutien financier aux journal qu'il dirigeait depuis l'après guerre "Ce Soir".

En 1981, Mitterrand lui remet la légion d'honneur. Peu de temps après paraissent des "Adieux" :

 

Jeunes gens qui parlez tout bas
Quand je passe
Écoutez s'éloigne mes pas...

lundi, décembre 12 2011

Pierre Reverdy - Reflux


(encore un texte de l'un de mes poètes favoris)

Quand le sourire éclatant des façades déchire le décor fragile du matin ; quand l'horizon est encore plein du sommeil qui s'attarde, les rêves murmurant dans les ruisseaux des haies ; quand la nuit rassemble ses haillons pendus aux basses branches, je sors, je me prépare, je suis plus pâle et plus tremblant que cette page où aucun mot du sort n'était encore inscrit. Toute la distance de vous à moi - de la vie qui tressaille à la surface de la main au sourire mortel de l'amour sur sa fin - chancelle, déchirée.

La distance parcourue d'une seule traite sans arrêt, dans les jours sans clarté et les nuits sans sommeil. Et, ce soir, je voudrais, d'un effort surhumain, secouer toute cette épaisseur de rouille - cette rouille affamée qui déforme mon cœur et me ronge les mains. Pourquoi rester si longtemps enseveli sous les décombres des jours et de la nuit, la poussière des ombres.

Et pourquoi tant d'amour et pourquoi tant de haine. Un sang léger bouillonne à grandes vagues dans des vases de prix. Il court dans les fleuves du corps, donnant à la santé toutes les illusions de la victoire. Mais le voyageur exténué, ébloui, hypnotisé par les lueurs fascinantes des phares, dort debout, il ne résiste plus aux passes magnétiques de la mort.

Ce soir je voudrais dépenser tout l'or de ma mémoire, déposer mes bagages trop lourds. Il n'y a plus devant mes yeux que le ciel nu, les murs de la prison qui enserrait ma tête, les pavés de la rue. Il faut remonter du plus bas de la mine, de la terre épaissie par l'humus du malheur, reprendre l'air dans les recoins les plus obscurs de la poitrine, pousser vers les hauteurs - où la glace étincelle de tous les feux croisés de l'incendie - où la neige ruisselle, le caractère dur, dans les tempêtes sans tendresse de l'égoïsme et les dérisions tranchantes de l'esprit.

vendredi, septembre 23 2011

Des auteurs Grecs

Qui lit encore les grand auteurs Grecs, en dehors de Platon ?

Pourtant certains d'entre eux mériterait encore toute notre attention,

Apulée.

Je me souviens avoir aimé lire Apulée et son "Âne d'or" par exemple. Pour ceux que cela intéresse on en trouvera le texte ici

C'est une sorte de roman-fable qui raconte la vie d'un homme que sa folle recherche des plaisirs sexuels a fini par conduire dans le piège d'une magicienne qui le transforme en Âne. Dis comme cela, ça peut paraitre enfantin et sans intérêt, mais l'auteur en profite pour décrire les croyances païennes de son époque et l'on se retrouve devant un texte plutôt syncrétique et très instructif.

Lucien de Samosate



On peut aussi lire les Œuvres de Lucien de Samosate qui connurent un grand succès a son époque, par exemple son histoire véritable qui est considéré comme le tout premier roman de science fiction de l'histoire. à découvrir ici

Herodote



Herodote, considéré comme l'un des pères de l'histoire, se lit aussi assez facilement. On peut trouver ses Œuvres ici

samedi, juillet 2 2011

Florian, l'autre fabuliste français


On connait les fables de La Fontaine, éventuellement celle d'Esope, mais peut connaisse l'autre grand fabuliste français : Florian. Pourtant, les textes de celui ci mérite autant l'attention que ceux du célèbre Jean de Château-Thierry.

Florian est né en 1755 au chateau de Florian, à Longrian dans le Gard. Il était en famille avec le célèbre Voltaire, ce qui ne l'empêcha d'être arrêté par les révolutionnaires en 1794 à cause de sa noblesse et d'une œuvre qu'il avait écrite pour la reine. Il fut libéré cependant, mais mourra subitement quelques mois plus tard au château de Sceaux où il s'était réfugié, sans des suites du traitement subis lors de son arrestation. Il avait 39 ans.

Florian avait été distingué par l'académie française et élu membre de celle ci en 1788 alors qu'il n'avait que 33 ans.


Le grillon

Un pauvre petit grillon
Caché dans l'herbe fleurie
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L'insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
L'azur, le pourpre et l'or éclataient sur ses ailes ;
Jeune, beau, petit-maître, il court de fleurs en fleurs ;
Prenant et quittant les plus belles.
Ah ! Disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents ! Dame nature
Pour lui fit tout et pour moi rien.
Je n'ai point de talent, encor moins de figure ;
Nul ne prend garde à moi, l'on m'ignore ici bas :
Autant vaudrait n'exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d'enfants ;
Aussitôt les voilà courants
Après ce papillon dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l'attraper.
L'insecte vainement cherche à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps ;
Un troisième survient et le prend par la tête.
Il ne fallait pas tant d'efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh ! Oh ! Dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde !
Pour vivre heureux vivons caché.

Le petit chien

La vanité nous rend aussi dupes que sots.
Je me souviens, à ce propos,
Qu'au temps jadis, après une sanglante guerre
Où, malgré les plus beaux exploits,
Maint lion fut couché par terre,
L'éléphant régna dans les bois.
Le vainqueur, politique habile,
Voulant prévenir désormais
Jusqu'au moindre sujet de discorde civile,
De ses vastes états exila pour jamais
La race des lions, son ancienne ennemie.
L'édit fut proclamé. Les lions affaiblis,
Se soumettant au sort qui les avait trahis,
Abandonnent tous leur patrie.
Ils ne se plaignent pas, ils gardent dans leur cœur
Et leur courage et leur douleur.
Un bon vieux petit chien, de la charmante espèce
De ceux qui vont portant jusqu'au milieu du dos
Une toison tombant à flots,
Exhalait ainsi sa tristesse :
Il faut donc vous quitter, ô pénates chéris !
Un barbare, à l'âge où je suis,
M'oblige à renoncer aux lieux qui m'ont vu naître.
Sans appui, sans secours, dans un pays nouveau
Je vais, les yeux en pleurs, demander un tombeau,
Qu'on me refusera peut-être.
ô tyran, tu le veux ! Allons ! Il faut partir.
Un barbet l'entendit : touché de sa misère,
Quel motif, lui dit-il, peut t'obliger à fuir ?
- Ce qui m'y force, ô ciel ! Et cet édit sévère
Qui nous chasse à jamais de cet heureux canton... ?
- Nous ? -non pas vous, mais moi. -comment ! Toi,
Mon cher frère ?
Qu'as-tu donc de commun... ? -plaisante question !
Eh ! Ne suis-je pas un lion ?

samedi, juin 4 2011

Jean Bodel - Brunain la vache au prêtre (fabliaux)

Jean Bodel est un trouvère qui naquit en 1165 a Arras et mourut de la lèpre en 1210. Les trouvères sont les équivalents des troubadours, ils écrivaient en langue d'oil, langue qui donna naissance au français moderne.

Il fut membre de la confrérie des jongleurs et bourgeois d'Arras et prends la croix lors d'une prédication de Foulques de Neuilly qui prélude a la IVe croisade, mais la lèpre l'empèche d'y prendre part. Il se retire alors dans une léproserie où il laissera la vie dix ans plus tard.


(Jean Bodel lisant l'un de ses textes)

Jean Bodel classa les diverses thèmes mythologiques de la littérature médiévale en cycles qu'il appela :

  • matière de Rome pour les légendes issues de l'antiquité classique
  • matière de Bretagne pour celles concernant Arthur et les thèmes celtiques
  • matière de France pour tous ce qui concernait Charlemagne et sa cour palatines.
Il fut lui même l'auteur de la chanson de Saisne qui conte la guerre entre Charlemagne et le roi saxon Widukind. 
Il écrivit aussi "le jeu de St Nicolas" une pièce de théâtre, qui conte la façon dont St Nicolas fit restituer un trésor volé par des païens sarrasins.

Jean Bodel est l'auteur de plusieurs fabliaux dont Brunain la vache au prêtre que je vous propose ci après
(source Wikisource ici)



(miniature extraite d'un recueil de poésie du XIIe siècle)

Version originale en ancien français :

D'un vilain cont et de sa fame,
C'un jor de feste Nostre Dame
Aloient ourer a l'yglise.
Li prestres, devant le servise,
Vint a son proisne sermoner,
Et dist qu'il fesoit bon doner
Por Dieu, qui reson entendoit;
Que Dieus au double li rendoit
Celui qui le fesoit de cuer.

«Os, fet li vilains, bele suer,
Que noz prestres a en couvent:
Qui por Dieu done a escïent,
Que Dieus li fet mouteploier;
Mieus ne poons nous emploier
No vache, se bel te doit estre,
Que pour Dieu le donons le prestre;
Ausi rent ele petit lait.»
- «Sire, je vueil bien que il l'ait,
Fet la dame, par tel reson».
A tant s'en vienent en meson,
Que ne firent plus longue fable.
Li vilains s'en entre en l'estable,
Sa vache prent par le lïen,
Presenter le vait au doïen.
Li prestres est sages et cointes.
 
«Biaus Sire», fet-il a mains jointes,
«Por l'amor Dieu Blerain vous doing.»
Le lïen li a mis el poing,
Si jure que plus n'a d'avoir.
«Amis, or as tu fet savoir»,
Fet li provoires dans Constans,
Qui a prendre bee toz tans.
«Va-t'en, bien as fet ton message,
Quar fussent or tuit ausi sage
Mi paroiscien come vous estes,
S'averoie plenté de bestes.»

Li vilains se part du provoire.
Li prestres comanda en oirre
C'on face por aprivoisier
Blerain avoec Brunain lier,
La seue grant vache demaine.
Li clers en lor jardin la maine,
Lor vache trueve, ce me samble.
Andeus les acoupla ensamble;
Atant s'en torne, si les lesse.
La vache le prestre s'abesse,
Por ce que voloit pasturer,
Mes Blere nel vout endurer,
Ainz sache le lïen si fors,
Du jardin la traïna fors;
Tant l'a mence par ostez,
Par chanevieres et par prez,
Qu'ele est reperie a son estre
Avoecques la vache le prestre
Qu'i mout a mener li grevoit.
Li vilains garde, si le voit;
Mout en a grant joie en son cuer.
«Ha, fet li vilains, bele suer,
Voirement est Dieus bon doublere,
Quar li et autre revient Blere;
Une grant vache amaine brune;
Or en avons nous deux por une:
Petis sera nostre toitiaus.»

Par example dist cis fabliaus
Que fols est qui ne s'abandone;
Cil a le bien cui Dieus le done,
Non cil qui le muce et enfuet;
Nus hom mouteploier ne puet
Sanz grant eür, c'est or del mains.
Par grant eür ot li vilains
Deus vaches, et li prestres nule.
Tels cuide avancier qui recule.

Et maintenant la Traduction en Français moderne :


C’est d’un vilain et de sa femme
que je veux vous raconter l’histoire.
Pour la fête de Notre-Dame, ils
allaient prier à l’église. Avant
de commencer l’office, le curé
vint faire son sermon ; il dit
qu’il était bon de donner
de tout son cœur au Bon Dieu et que celui-ci vous rendait le double.
« Entends-tu, belle sœur, ce qu’a dit le
fou ? » fait le vilain à sa femme.
« Qui pour Dieu donne de bon cœur
recevra de Dieu deux fois plus.
Nous ne pourrions pas mieux employer
notre vache, si bon te semble,
que de la donner au curé.
Elle a d’ailleurs si peu de lait.
— Oui, sire, je veux bien qu’il l’ait,
dit-elle, de cette façon. »
Ils regagnent donc leur maison,
et sans en dire davantage.
Le vilain va dans son étable ;
prenant la vache par la corde,
il la présente à son curé.
Le prêtre était fin et madré :
« Beau sire, dit l’autre, mains jointes,
pour Dieu je vous donne Blérain. »
Il lui a mis la corde au poing,
et jure qu’elle n’est plus sienne.
« Ami, tu viens d’agir en sage,
répond le curé dom Constant
qui toujours est d’humeur à prendre;
Retourne en paix, tu as bien fait ton
devoir: si tous mes paroissiens étaient
aussi avisés que toi, j’aurais du bétail
en abondance. » Le vilain prend congé
du prêtre qui commande aussitôt
qu’on fasse, pour l’accoutumer, lier
Blérain avec Brunain, sa propre vache.

Le curé les mène en son clos,
trouve sa vache, ce me semble,
les laisse attachées l’une à l’autre.
La vache du prêtre se baisse,
car elle voulait pâturer.
Mais Blérain ne veut l’endurer
et tire la corde si fort
qu’elle entraîne l’autre dehors
et la mène tant par maison,
par chènevières et par prés
qu’elle revient enfin chez elle,
avec la vache du curé
qu’elle avait bien de la peine à mener.
Le vilain regarde, la voit ;
il en a grande joie au cœur.
« Ah ! dit-il alors, chère sœur,
il est vrai que Dieu donne au double.
Blérain revient avec une autre:
c’est une belle vache brune.
Nous en avons donc deux pour une.
Notre étable sera petite ! »

Par cet exemple, ce fabliau nous montre
que fol est qui ne se résigne.
Le bien est à qui Dieu le donne
et non à celui qui le cache et enfouit.
Nul ne doublera son avoir
sans grande chance, pour le moins.
C’est par chance que le vilain
eut deux vaches, et le prêtre aucune.
Tel croit avancer qui recule.

samedi, mai 14 2011

Eugene Sue _ Les mystère de Paris I

Les mystère de Paris est l'un des roman majeur du XIXe siècle qui paradoxalement est plus ou moins tombé dans l'oubli.

C'est peut-être parce que la plupart des personnages du roman sont issue du petit peuple et que l'emploi de l'argot par ceux ci est difficile a entendre par les oreilles des gens cultivé ?

Toujours est-il que l'œuvre d'Eugène Sue a largement été "snobée" par l'élite bien pensante, comme la plupart de la culture populaire. Et c'est bien dommage car, ses romans peuvent se placer sans rougir aux cotés de ceux de Maupassant ou de Zola.

C'est peut-être aussi parce que l'auteur : Eugène Sue, était issue de la jeunesse dorée de son époque, et qu'en général on ne pardonne pas à celle-ci de s'acoquiner avec le bas peuple.  Vous pensez bien qu'un jeune homme riche qui raconte l'histoire de Rodolphe, un être éduqué, issue d'une famille princière et pourtant capable de comprendre et de vivre auprès de ce que certain ont appelé la "France d'en bas", risquait de choquer un peu son milieu d'origine.

Quoiqu'il en soit, je met en ligne le premier tome de cet œuvre que l'on peut lire aussi sur le site du Projet Gutenberg ou sur Wikisource.

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Les Mystère de Paris par Eugène Sue

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