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poesies › Pierre Reverdy

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samedi, février 14 2015

Pierre Reverdy - Sable mouvant (extrait)

Pierre Reverdy est l'un de mes poètes favoris.
Il est l'un des inspirateurs du surréalisme et avait l'admiration des poètes de son temps.

"Sable Mouvant" a été écrit un an avant sa mort et est considéré comme son testament artistique.
En voici l'introduction :



REVERDY.JPGCheval perdu dans l'air
Après la cavalcade
Mirages du désert
Oasis ou cascade

Je suis sorti du port
Par un étroit passage
Et je rentre a la mort
Démuni de bagage

D'un regard clair et sec
J'observe la dislocation de la parade
La débâcle
La débandade
des troupeaux fauves dans les bois

Je m'étais engagé beaucoup trop loin déjà
Dans les méandres de ce sinistre labyrinthe
Plein de broussailles et d'épines
D'arêtes de poissons
De débris de cantines
D'écailles de chansons

De fabuleux décombres
Et plus que tout
Au delà des cloisons
Après le tremblement de terre
Pour pouvoir espérer retirer mon épingle du jeu

Ce n'était pas un jeu

....


vendredi, avril 26 2013

Pierre Reverdy - Nomade

reverdy.jpg        La porte qui ne s’ouvre pas
La main qui passe
Au loin un verre qui se casse

       La lampe fume
Les étincelles qui s’allument
Le ciel est plus noir

      Sur les toits
Quelques animaux
Sans leur ombre

     Un regard
     Une tache sombre

La maison où l’on n’entre pas

extrait : Les Ardoises du toit

lundi, décembre 12 2011

Pierre Reverdy - Reflux


(encore un texte de l'un de mes poètes favoris)

Quand le sourire éclatant des façades déchire le décor fragile du matin ; quand l'horizon est encore plein du sommeil qui s'attarde, les rêves murmurant dans les ruisseaux des haies ; quand la nuit rassemble ses haillons pendus aux basses branches, je sors, je me prépare, je suis plus pâle et plus tremblant que cette page où aucun mot du sort n'était encore inscrit. Toute la distance de vous à moi - de la vie qui tressaille à la surface de la main au sourire mortel de l'amour sur sa fin - chancelle, déchirée.

La distance parcourue d'une seule traite sans arrêt, dans les jours sans clarté et les nuits sans sommeil. Et, ce soir, je voudrais, d'un effort surhumain, secouer toute cette épaisseur de rouille - cette rouille affamée qui déforme mon cœur et me ronge les mains. Pourquoi rester si longtemps enseveli sous les décombres des jours et de la nuit, la poussière des ombres.

Et pourquoi tant d'amour et pourquoi tant de haine. Un sang léger bouillonne à grandes vagues dans des vases de prix. Il court dans les fleuves du corps, donnant à la santé toutes les illusions de la victoire. Mais le voyageur exténué, ébloui, hypnotisé par les lueurs fascinantes des phares, dort debout, il ne résiste plus aux passes magnétiques de la mort.

Ce soir je voudrais dépenser tout l'or de ma mémoire, déposer mes bagages trop lourds. Il n'y a plus devant mes yeux que le ciel nu, les murs de la prison qui enserrait ma tête, les pavés de la rue. Il faut remonter du plus bas de la mine, de la terre épaissie par l'humus du malheur, reprendre l'air dans les recoins les plus obscurs de la poitrine, pousser vers les hauteurs - où la glace étincelle de tous les feux croisés de l'incendie - où la neige ruisselle, le caractère dur, dans les tempêtes sans tendresse de l'égoïsme et les dérisions tranchantes de l'esprit.

jeudi, juin 2 2011

Quelques poèmes de Pierre Reverdy

Pierre Reverdy est un poète français qui, bien qu'associé au cubisme, eu une profonde influence sur les surréalistes et la poésie du début du XXe siècle.

Toute son œuvre est imprégnée d'un fort sentiment de religiosité, voir de mysticisme. Elle a quelque chose d'intemporelle, comme les pierres que taillaient ses ancêtres tailleurs de pierres et que l'on retrouve dans les édifices religieux de la région de Narbonne.

Reverdy a fréquenté les milieu intellectuels parisiens et fut l'amant de la célébré Coco Chanel. Il fut l'ami de Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Louis Aragon, André Breton, Philippe Soupault et Tristan Tzara. Amis qu'il influença énormément bien qu'il resta toujours en retrait des mouvement littéraires, préférant sans doute garder la liberté d'explorer son âmes et son mal être.

Les peintres eurent aussi une importance majeure dans sa vie, certains comme Pablo Picasso, Georges Braque, ou encore Henri Matisse l'ont accompagné pendant ses années parisienne.

Puis en 1926, il choisit de quitter la vie mondaine et se retire a l'abbaye de Solesmes pour se rapprocher de Dieu.Cela ne l'empêchera pas de continuer son chemin de poète et de publier ses plus beau receuils comme "Source du vent" "Ferrailles" ou encore "le chant des morts".



Pierre Reverdy vu par Giacometti


a double tour


je suis si loin des voix
Des rumeurs de la fête
Le moulin d'écume tourne à rebours
Le sanglot des sources s'arrête
L'heure a glissé péniblement
Sur les grandes plages de lune
Et dans l'espace tiède étroit sans une faille
je dors la tête au coude
Sur le désert placide du cercle de la lampe
Temps terrible temps inhumain
Chassé sur les trottoirs de boue
Loin du cirque limpide qui décline des verres
Loin du chant décanté naissant de la paresse
Dans une âpre mêlée de rîtes entre les dents
Une douleur fanée qui tremble à tes racines
je préfère la mort l'oubli l'a dignité
je suis si loin quand je compte tout ce que j'aime

extrait du "chant des morts"



Alors..


Alors
Je prie le ciel
Que nul ne me regarde
Si ce n'est au travers d'un verre d'illusion
Retenant seulement
...sur l'écran glacé d'un horizon qui boude
ce fin profil de fil de fer amer
si délicatement délavé
par l'eau qui coule
les larmes de rosée
les gouttes de soleil
les embruns de la mer

Extrait de "Sable mouvant",



Reflux

 

Quand le sourire éclatant des façades déchire le décor fragile du matin ; quand l'horizon est encore plein du sommeil qui s'attarde, les rêves murmurant dans les ruisseaux des haies ; quand la nuit rassemble ses haillons pendus aux basses branches, je sors, je me prépare, je suis plus pâle et plus tremblant que cette page où aucun mot du sort n'était encore inscrit. Toute la distance de vous à moi - de la vie qui tressaille à la surface de la main au sourire mortel de l'amour sur sa fin - chancelle, déchirée.

La distance parcourue d'une seule traite sans arrêt, dans les jours sans clarté et les nuits sans sommeil. Et, ce soir, je voudrais, d'un effort surhumain, secouer toute cette épaisseur de rouille - cette rouille affamée qui déforme mon cœur et me ronge les mains. Pourquoi rester si longtemps enseveli sous les décombres des jours et de la nuit, la poussière des ombres.

Et pourquoi tant d'amour et pourquoi tant de haine. Un sang léger bouillonne à grandes vagues dans des vases de prix. Il court dans les fleuves du corps, donnant à la santé toutes les illusions de la victoire. Mais le voyageur exténué, ébloui, hypnotisé par les lueurs fascinantes des phares, dort debout, il ne résiste plus aux passes magnétiques de la mort.

Ce soir je voudrais dépenser tout l'or de ma mémoire, déposer mes bagages trop lourds. Il n'y a plus devant mes yeux que le ciel nu, les murs de la prison qui enserrait ma tête, les pavés de la rue. Il faut remonter du plus bas de la mine, de la terre épaissie par l'humus du malheur, reprendre l'air dans les recoins les plus obscurs de la poitrine, pousser vers les hauteurs - où la glace étincelle de tous les feux croisés de l'incendie - où la neige ruisselle, le caractère dur, dans les tempêtes sans tendresse de l'égoïsme et les dérisions tranchantes de l'esprit.

 extrait de "Ferraille"


jeudi, septembre 16 2010

Pierre Reverdy _ A double tour



je suis si loin des voix
Des rumeurs de la fête
Le moulin d'écume tourne à rebours
Le sanglot des sources s'arrête
L'heure a glissé péniblement
Sur les grandes plages de lune
Et dans l'espace tiède étroit sans une faille
je dors la tête au coude
Sur le désert placide du cercle de la lampe
Temps terrible temps inhumain
Chassé sur les trottoirs de boue
Loin du cirque limpide qui décline des verres
Loin du chant décanté naissant de la paresse
Dans une âpre mêlée de rites entre les dents
Une douleur fanée qui tremble à tes racines
je préfère la mort l'oubli l'a dignité
je suis si loin quand je compte tout ce que j'aime


© Gallimard

mardi, avril 13 2010

Pierre Reverdy - Tard dans la vie

encore un poème de mon préféré : Pierre REVERDY

Je suis dur
Je suis tendre
Et j'ai perdu mon temps
A rêver sans dormir
A dormir en marchant
Partout où j'ai passé
J'ai trouvé mon absence
Je ne suis nulle part
Excepté le néant
Mais je porte caché au plus haut des entrailles
A la place ou la foudre a frappé trop souvent
Un cœur ou chaque mot a laissé son entaille
Et d'où ma vie s'égoutte au moindre mouvement

vendredi, décembre 4 2009

Pierre Reverdy - outre mesure

preverdali2.jpg (9381 octets)

Le monde est ma prison
Si je suis loin de ce que j'aime
Vous n'êtes pas trop loin barreaux de l'horizon
L'amour la liberté dans le ciel trop vide
Sur la terre gercée de douleurs
Un visage éclaire et réchauffe les choses dures
Qui faisaient partie de la mort
A partir de cette figure
De ces gestes de cette voix
Ce n'est que moi-même qui parle
Mon coeur qui résonne et qui bat
Un écran de feu abat-jour tendre
Entre les murs familiers de la nuit
Cercle enchanté des fausses solitudes
Faisceaux de reflets lumineux
Regrets
Tous ces débris du temps crépitent au foyer
Encore un plan qui se déchire
Un acte qui manque à l'appel
Il reste peu de chose à prendre
Dans un homme qui va mourir


edition Poésies Gallimard

vendredi, février 1 2008

Pierre Reverdy - Reflux

Pierre Reverdy est mon poète préféré. Ses textes sont empli de son mal être, de son aspiration à un ailleurs qu'il a cherché toute sa vie.

Il est d'après André Breton l'inspirateur principal du surréalisme malgré sa discrétion légendaire. Son sens de l'image poétique en fait certainement l'un des poètes les plus influent du début du vingtième siècle.




QUAND le sourire éclatant des façades déchire le décor fragile du matin; quand l'horizon est encore plein du sommeil qui s'attarde, les rêves murmurant dans les ruisseaux des haies; quand la nuit rassemble ses haillons pendus aux basses branches, je sors, je me prépare, je suis plus pâle et plus tremblant que cette page où aucun mot du sort n'était encore inscrit. Toute la distance de vous à moi - de la vie qui tressaille à la surface de ma main au sourire mortel de l'amour sur sa fin - chancelle, déchirée. La distance parcourue d'une seul traite sans arrêt, dans les jours sans clarté et les nuits sans sommeil. Et, ce soir, je voudrais, d'un effort surhumain, secouer toute cette épaisseur de rouille - cette rouille affamée qui déforme mon coeur et me ronge les mains. Pourquoi rester si longtemps enseveli sous les décombres des jours et de la nuit, la poussière des ombres. Et pourquoi tant d'amour et pourquoi tant de haine. Un sang léger bouillonne à grandes vagues dans des vases de prix. Il court dans les fleuves du corps, donnant à la santé toutes les illusions de la victoire. Mais le voyageur exténué, ébloui, hypnotisé par les lueurs fascinantes des phares, dort debout, il ne résiste plus aux passes magnétiques de la mort. Ce soir je voudrais dépenser tout l'or de ma mémoire, déposer mes bagages trop lourds. Il n'y a plus devant mes yeux que le ciel nu, les murs de la prison qui enserrait ma tête, les pavés de la rue. Il faut remonter du plus bas de la mine, de la terre épaissie par l'humus du malheur, reprendre l'air dans les recoins les plus obscurs de la poitrine, pousser vers les hauteurs - où la glace étincelle de tous les feux croisés de l'incendie - où la neige ruisselle, le caractère dur, dans les tempêtes sans tendresse de l'égoïsme et les décisions tranchantes de l'esprit.

Edition Poésie Gallimard

mardi, février 27 2007

Pierre Reverdy

article sont je suis l'auteur publié sur Wikipédia et Lyres

LA VIE ET OEUVRE

Pierre Reverdy est né à Narbonne le 13 septembre 1889. Il a grandit au pied de la Montagne Noire dans la maison de son père. Celui-ci lui a appris a lire et écrire. Il venait d'une famille de sculpteur, de tailleurs de pierre d'église. Toute sa vie en sera marquée par un sentiment de religiosité profonde que l'on retrouve dans sa poésie. Il a poursuivit ses études a Toulouse et a Narbonne.
Il arrive a Paris en octobre 1910. C'est la qu'il rencontre ses premiers amis, a Montmartre, du coté du désormais célèbre bateau-lavoir. Pendant seize ans, il vivra, survivra, pour créer des livres. Ses compagnons sont Picasso, Braque, Matisse, et bien d'autres. Toutes ces années sont liées de près ou de loin a l'essor du Surréalisme, dont il sera l'un des inspirateurs, bien que Reverdy ne s'y liera jamais, il influença part son approche des gens comme Aragon, André Breton ou Paul Eluard. En 1917, il fonde la revue Nord-Sud a laquelle collaborerons Apollinaire, Aragon, Breton, Tzara et bien d'autres
Puis, en 1926, il choisit Dieu et part vivre à Solesmes, il avait alors 37 ans, il y resteras jusqu'a sa mort, a 71 ans en 1960. La sont nés ses plus beau receuils, tel Sources du vent, Ferraille, le chant des morts... Reverdy est une sorte de mystique de la poésie, son approche du réèl fait pensée aux images de nos cathédrales, a ce foisonnement, cette débauche de formes pour exprimer l'élan mystique des constructeurs.

PierreReverdy/pRever1.jpg

abbaye de Solesmes

 






Quelques Textes de Reverdy



Reflux

QUAND le sourire éclatant des façades déchire le décor fragile du matin; quand l'horizon est encore plein du sommeil qui s'attarde, les rêves murmurant dans les ruisseaux des haies; quand la nuit rassemble ses haillons pendus aux basses branches, je sors, je me prépare, je suis plus pâle et plus tremblant que cette page où aucun mot du sort n'était encore inscrit. Toute la distance de vous à moi - de la vie qui tressaille à la surface de ma main au sourire mortel de l'amour sur sa fin - chancelle, déchirée. La distance parcourue d'une seul traite sans arrêt, dans les jours sans clarté et les nuits sans sommeil. Et, ce soir, je voudrais, d'un effort surhumain, secouer toute cette épaisseur de rouille - cette rouille affamée qui déforme mon coeur et me ronge les mains. Pourquoi rester si longtemps enseveli sous les décombres des jours et de la nuit, la poussière des ombres. Et pourquoi tant d'amour et pourquoi tant de haine. Un sang léger bouillonne à grandes vagues dans des vases de prix. Il court dans les fleuves du corps, donnant à la santé toutes les illusions de la victoire. Mais le voyageur exténué, ébloui, hypnotisé par les lueurs fascinantes des phares, dort debout, il ne résiste plus aux passes magnétiques de la mort. Ce soir je voudrais dépenser tout l'or de ma mémoire, déposer mes bagages trop lourds. Il n'y a plus devant mes yeux que le ciel nu, les murs de la prison qui enserrait ma tête, les pavés de la rue. Il faut remonter du plus bas de la mine, de la terre épaissie par l'humus du malheur, reprendre l'air dans les recoins les plus obscurs de la poitrine, pousser vers les hauteurs - où la glace étincelle de tous les feux croisés de l'incendie - où la neige ruisselle, le caractère dur, dans les tempêtes sans tendresse de l'égoïsme et les décisions tranchantes de l'esprit.



Chemin Tournant


IL y a un terrible gris de poussière dans le temps
Un vent du sud avec de fortes ailes
Les échos sourds de l'eau dans le soir chavirant
Et dans la nuit mouillée qui jaillit du tournant
    des voix rugueuses qui se plaignent
Un goût de cendre sur la langue
Un bruit d'orgue dans les sentiers
Le navire du coeur qui tangue
Tous les désastres du métier

Quand les feux du désert s'éteignent un à un
Quand les yeux sont mouillés comme
    des brins d'herbe
Quand la rosée descend les pieds nus sur les feuilles Le matin à peine levé
Il y a quelqu'un qui cherche
Une adresse perdue dans le chemin caché
Les astres dérouillés et les fleurs dégringolent
A travers les branches cassées
Et le ruisseau obscur essuie ses lèvres molles à peine décollées

Quand le pas du marcheur sur le cadran qui compte

règle le mouvement et pousse l'horizon
Tous les cris sont passés tous les temps se rencontrent

Et moi je marche au ciel les yeux dans les rayons
Il y a du bruit pour rien et des noms dans ma tête
Des visages vivants
        Tout ce qui s'est passé au monde
Et cette fête
    Où j'ai perdu mon temps