Cyberpoète

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poesies › Auteurs Inconnus

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samedi, octobre 26 2013

Fabliaux du moyen age - "Du Prud’homme qui retira de l’eau son compère"

Un pêcheur était occupé à jeter ses filets en mer. Il voit quelqu’un tomber dans l’eau. Il vole à son secours, cherche à l’accrocher par ses habits avec sa perche et vient à bout de le retirer ; mais par malheur il lui crève un œil avec le croc. Le noyé était son compère qu’il reconnaît. Il l’emmène chez lui, le fait soigner et le garde jusqu’à ce qu’il soit guéri. Celui-ci n’est pas plus tôt sorti qu’il forme plainte centre le pêcheur pour l’avoir blessé. Le bailli leur assigne un jour auquel ils doivent comparaître. Chacun expose ses raisons, et les juges au moment de prononcer, se trouvent embarrassés, quand un fou qui était là élève la voix. « Messieurs, dit-il, la chose est aisée à décider. Cet homme se plaint qu’on l’a privé d’un œil. Eh bien ! faites-le jeter à l’eau au même endroit. S’il s’en retire, il est juste qu’il obtienne des dédommagements centre le pêcheur, mais s’il y reste, il faut l’y laisser et récompenser l’autre du service qu’il a rendu. » Ce jugement fut trouvé très équitable. Mais le noyé, qui eut peur qu’on ne l’exécutât, se retira bien vite et se désista de sa demande.

C’est temps perdu que d’obliger un ingrat, il ne vous en sait nul gré. Sauvez un larron de la potence, vous serez fort heureux si le lendemain il ne vous vole pas.

jeudi, avril 5 2012

Quelques fables issues du Pañchatantra

le Pañchatantra est recueil de fables et contes indiens datant probablement V ou VIe siècle.



Le texte a été traduit en persan, puis en arabe sous le nom de Le Livre de Kalîla et Dimna. Il connait un énorme succès en perse et dans le monde arabo-musulman pendant tout le moyen age, et reste aujourd'hui encore un classique.

Au XIIIe Siècle, une version est traduite en castillan à la demande d'Alphonse X le Sage. 



C'est ainsi que le texte fait son entrée en occident. Il est connu alors comme un recueil de texte d'un sage indien appelé Pilpay ou Bidpaï.

La Fontaine en fera l'une de ses source d'inspiration, mais d'autre texte comme ceux de Marie de France ou le Roman de la Rose y puisent de profonde racine.



La Grue et l’Épervier

Une grue, citoyenne des bords d'un lac, y vivait des différens insectes qu'elle y trouvait en abondance. Un jour elle aperçut un épervier qui, après avoir donné la chasse à une perdrix , l' avait prise et la dévorait. Cet épervier, dit en elle-même la grue, fait sa nourriture des oiseaux les plus délicats, et moi, qui l'emporte sur lui par la force et par la grandeur, je me contente de vils insectes. Je veux suivre son exemple.

La grue, après ce beau monologue, aperçoit une perdrix qui d'un vol léger rasait la surface de l'eau ; elle veut fondre sur cette proie, mais la pesanteur de son corps l'entraîne, elle tombe sur les bords du lac, qui étaient très-fangeux, ses pattes s'enfoncent dans le limon, elle fait de vains efforts pour s'en tirer. Un berger qui était aux environs prend l'oiseau, l'encage et le porte à ses enfants. 
La Tortue et les deux Canards

Par une année de grande sécheresse, des canards abandonnèrent un étang où ils vivaient et vinrent faire leurs adieux à une tortue leur amie.
— Ce n’est pas sans peine que nous nous éloignons de vous, mais nous y sommes obligées, et quant à ce que vous nous proposez de vous emmener, nous avons une trop longue traite à faire et vous ne pouvez pas nous suivre parce que vous ne sauriez voler ; néanmoins, si vous nous promettez de ne dire mot en chemin, nous vous porterons ; mais nous rencontrerons des gens qui vous parleront et cela sans cause de votre perte.
— Non, répondit la tortue, je ferai tout ce qu’il vous plaira.
Alors les canards firent prendre à la tortue un petit bâton par le milieu, qu’elle serra bien fort entre ses dents et, lui recommandant ensuite de tenir ferme, deux canards prirent le bâton chacun par un bout et enlevèrent la tortue de cette façon. Quand ils furent au-dessus d'un village, les habitants qui les virent, étonnés de la nouveauté de ce spectacle, se mirent à crier tous à la fois, ce qui faisait un charivari que la tortue écoutait impatiemment. À la fin, ne pouvant plus garder le silence, elle voulut dire :
— Que les envieux aient les yeux crevés s’ils ne peuvent regarder
Mais, dès qu’elle ouvrit la bouche, elle tomba par terre et se tua.