C'est surement le plus connu des troubadours du moyen age.

Il vécu au XIIe siècle, entre 1125, son année de naissance au château de Ventadour en Corrèze, et sa mort aux alentours de l'an 1193 a l'abbaye de Dalon en Dordogne.

Ses origines sont obscures, la légende le dit fils d'un serviteur et de la boulangère du château. Il fut le disciple du vicomte Ebles II dit "Lo Cantador", le seigneur de Ventadour, qui lui enseigna son art. Elève doué, il devint rapidement le poète attaché à la cour de Ventadour mais une intrigue amoureuse l'en chasse.

On le retrouve plus tard dans l'entourage d'Aliénor d'Aquitaine avant qu'elle n'épouse Henri II Plantagenet. On ne sait pas vraiment si il la suivi en Angleterre. La légende dit qu'il s'épris de la reine.

Plus tard, il fut au service de Raymond V, comte de Toulouse.



(version originale)

Can vei la lauzeta mover
De joi sas alas contra’l rai,
Que s’oblid’ e’s laissa chazer
Per la doussor c’al cor li vai,
Ai! Tan grans enveya m’en ve
De cui qu’eu veya jauzion!
Meravilhas ai, car desse
Lo cor de dezirer no’m fon

Ailas! Tan cuidava saber
D’amor, e tan petit en sai,
Car eu d’amar no’m posc tener
Celeis don ja pro non aurai.
Tout m’a mon cor, e tout m’a me,
E se mezeis e tot lo mon;
E can se’m tolc, no’m laisset re
Mas dezirer e cor volon.

Anc non agui de me poder
Ni no fui meus de l’or’ en sai
Que’m laisset en sos olhs vezer
En un miralh que mout me plai.
Miralhs, pus me mirei en te,
M’an mort li sospir de preon,
C’aissi’m perdei com perdet se
Lo bels Narcisus en la fon.

De las domnas me dezesper;
Ja mais en lor no’m fiarai;
C’aissi com las solh chaptener,
Enaissi las deschaptenrai.
Pois vei c’una pro no m’en te
Vas leis que’m destrui e’m cofon,
Totas las dopt’ e las mescre,
Car be sai c’atretals se son.

D’aisso’s fa be femna parer
Ma domna, per qu’eu’lh’ o retrai,
Car no vol so c’om voler,
E so c’om li deveda, fai.
Chazutz sui en mala merce,
Et ai be faih co’l fols en pon;
E no sai per que m’esdeve,
Mas car trop puyei contra mon.

Merces es perduda, per ver,
Et eu non o saubi anc mai,
Car cilh qui plus en degr’aver,
Non a ges, et on la querrai ?
A ! Can mal sembla, qui la ve,
Qued aquest chaitiu deziron
Que ja ses leis non aura be,
Laisse morrir, que no l’aon.

Pus ab midons no’m pot valer
Precs ni merces ni’l dreihz qu’eu ai,
Ni a leis no ven a plazer
Qu’eu l’am, ja mais no’lh o dirai.
Aissi’m part de leis e’m recre;
Mort m’a, e per mort li respon,
E vau m’en, pus ilh no’m rete,
Chaitius, en issilh, no sai on.

Tristans, ges non auretz de me,
Qu’eu m’en vau, chaitius, no sai on.
De chantar me gic e’m recre,
E de joi e d’amor m’escon.


(traduction en francais moderne)

Quand je vois l'alouette déployer
joyeusement ses ailes face au rayon du soleil,
puis perdre conscience et se laisser choir
à cause de la douceur qui pénètre son cœur,
hélas ! une grande envie me vient
de tous ceux qui jouissent d'amour
que je suis étonné que mon cœur
aussitôt ne fonde de désir !

Hélas, je me croyais savant
d'amour, et j'en sais si peu,
puisque je ne puis me retenir
d'aimer celle dont je n'obtiendrai rien.
Elle a mon cœur et mon être,
elle-même et le monde entier ;
et, en se dérobant à moi, elle ne me laissa rien
d'autre que le désir et le cœur soumis à sa volonté.

Je n’eus plus pouvoir sur moi-même
et je ne m’appartins plus dès l’instant
où elle me laissa regarder dans ses yeux,
en ce miroir qui tant me plaît.
Miroir, depuis que je me suis miré en toi,
De profonds soupirs ont causé ma mort,
et je me suis perdu comme se perdit
le beau Narcisse dans la fontaine.

Je désespère des dames ;
jamais plus je ne me fierai à elles ;
autant j’avais pour coutume de les exalter,
Autant maintenant je les méprises.
Puisque je vois qu’aucune n’est de mon côté
contre celle qui me ruine et me détruit,
je les crains toutes et de toutes je me méfie,
car je sais bien qu’elles sont toutes pareilles.

Ma dame, en cela, se montre bien femme,
c’est pourquoi je lui en fais reproche ;
car elle ne veut point ce qu’on doit vouloir
et, ce qu’on lui interdit, elle le fait.
Je suis tombé en disgrâce, et j’ai vraiment
agi comme le fou sur le pont ;
je ne sais pourquoi cela m’arrive,
sinon d’avoir voulu grimper trop haut.

En vérité, la compassion est perdue,
et moi je n’en savais rien jusqu’ici,
car elle qui devrait en avoir le plus
n’en a guère ; et où donc irai-je en chercher ?
Hélas ! comme il semble impossible,
pour qui la voit, de croire qu’elle laissait mourir,
sans lui porter secours, ce malheureux consumé
de désir qui sans elle n’aura jamais de salut !

Puisque auprès de ma dame ni prières, ni pitié,
ni les droits que j’ai, ne peuvent me servir,
et que rien ne lui plait,
jamais plus je ne lui dirai que je l’aime.
Aussi je m’éloigne d’elle et renonce ;
elle m’a tué, et par la mort je lui réponds ;
je m’en vais, puisqu’elle ne me retiens pas,
malheureux, en exil, je ne sais où.

Tristan, vous n’aurez plus rien de moi,
car je m’en vais, malheureux, je ne sais où.
Je renonce à chanter et m’en désiste,
et je cherche refuge contre la joie et l’amour.
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