81546729_o.png

Seigneur comte, j’ai joué de la viole
Devant vous, en votre hôtel.
Vous ne m’avez rien donné
Ni mes gages acquitté,
C’est vilenie.
Par la foi que je dois à sainte Marie !
À ces conditions je ne vous suivrai pas.
Mon aumônière est mal garnie
Et ma malle mal fournie.

Seigneur comte, commandez
Ce qu’à mon égard vous voulez faire ;
Sire, s’il vous vient à gré,
Un beau don me soit donné
Par courtoisie.
Car j’ai envie, n’en doutez pas,
De retourner dans mon ménage.
Quand j’y reviens la bourse vide,
Ma femme ne me rit pas.

Elle me dit : sire Engelé,
En quelle terre avez-vous été,
Que vous n’avez rien gagné
Le long de la ville ?
Voyez comme votre malle plie,
Elle est toute de vent farcie.
Honni soit qui a envie
D’être en votre compagnie !

Quand je viens à ma maison
El que ma femme a regardé
Derrière moi le sac enflé,
Et moi qui suis bien paré
De robe grise,
Sachez qu’elle a vite jeté bas
La quenouille, sans mentir.
Elle me rit franchement,
Ses deux bras s’enlacent à mon cou.

Ma femme va détrousser
Ma malle, sans tarder.
Mon garçon va abreuver
Mon cheval et le panser.
Ma servante va tuer
Deux chapons pour les assaisonner
À la sauce à l’ail.
Ma fille m’apporte un peigne
En sa main, par courtoisie.
Alors dans ma maison je suis roi,
En grande joie, sans fâcherie,
Plus heureux qu’on ne pourrait dire.