Léon Dierx est un poète français né a St Denis de la Réunion en 1838. il y passe son enfance et vient a Paris pour poursuivre ses études. 

C'est là qu'il rencontre les poètes parnassiens réunis autour de Catulle Mendes. Il fera partie de ce groupe avec Sully Prudhomme, Villiers de L'Isle-Adam, José-Maria de Heredia, et Albert Glatigny.

Il a été élu prince des poètes en 1898 a la suite de Mallarmé.





L'invisible Lien.

L’invisible lien, partout dans la nature,
Va des sens à l’esprit et des âmes aux corps ;
Le choeur universel veut de la créature
Le soupir des vaincus ou l’insulte des forts.

L’invisible lien va des êtres aux choses,
Unissant à jamais ces ennemis mortels,
Qui, dans l’anxiété de leurs métamorphoses,
S’observent de regards craintifs ou solennels.

L’invisible lien, dans les ténèbres denses,
Dans le scintillement lumineux des couleurs,
Éveille les rapports et les correspondances
De l’espoir au regret, et du sourire aux pleurs.

L’invisible lien, des racines aux sèves,
Des sèves aux parfums, et des parfums aux sons,
Monte, et fait sourdre en nous les sources de nos rêves
Parfois pleins de sanglots et parfois de chansons.

L’invisible lien, de la terre aux étoiles,
Porte le bruit des bois, des champs et de la mer,
Léger comme les coeurs purs de honte et sans voiles,
Profond comme les coeurs pleins des feux de l’enfer.

L’invisible lien, de la mort à la vie,
Fait refluer sans cesse, avec le long passé,
La séculaire angoisse en notre âme assouvie
Et l’amour du néant malgré tout repoussé.