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poesies › Louisa Siefert

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vendredi, mars 4 2016

Louisa Siefert - sotte voce

siefert.jpg

Tout bonheur que la main n'atteint pas n'est qu'un rêve.
Joséphin Soulary.

Le bonheur est un oiseau,
Veillons un doigt sur la bouche,
Le bonheur est un oiseau
Qui ne veut pas qu'on le touche.
L'homme n'a pas de réseau
Filé si fin au fuseau
Dont l'aspect ne l'effarouche.
Veillons un doigt sur la bouche,
Le bonheur est un oiseau.

L'oiseau vient, passe et nous fuit.
Soyons heureux sans le dire,
L'oiseau vient, passe et nous fuit,
Ce jeu-là nous est martyre.
Chut! ne faisons pas'de bruit.
Le silence le séduit
Et le mystère l'attire:
Soyons heureux sans le dire,
L'oiseau vient, passe et nous fuit.

ENVOI.

Le bonheur est un oiseau
Plus léger que l'oiseau-mouche;
Et sous lui comme un roseau
Notre âme plie et se couche.
Chut! ne faisons pas de bruit:
Dans le secret de la nuit
D'un regard ou d'un sourire
Soyons heureux sans le dire,
L'oiseau vient, passe et nous fuit.

samedi, juillet 5 2014

Louisa Siefert - intérieur.

siefert.jpgLouisa Siefert est né a Lyon en 1845 et morte a 32 ans de la tuberculose 

Elle a côtoyé Victor Hugo, Sainte Beuve ou Michelet. Ses poèmes connurent un grand succès en leur temps, mais après sa mort prématurée elle sombra vite dans l'oubli.

Elle est l'arrière grand tante du chanteur Renaud.

Un extrait du recueil Rayons perdus, paru en 1869.




La voix haute et profonde
Qu’au loin jette le monde
Ne parvient pas ici.
Théophile Gautier.

La maison est petite & de peu d’apparence,
Le soleil en hiver ne la visite pas
Et du nord ou du sud ne fait point différence.
Le toit d’en face est haut & celui-ci très-bas.

Le bonheur seul y brille & réchauffe les âmes.
Il semble, en entrant là, que l’air soit plus léger,
Que les feux au foyer aient de plus claires flammes,
Que le temps ait promis de n’y rien déranger.


L’ordre, la propreté, la candeur, l’harmonie,
Des livres & des fleurs, un goût sûr & charmant,
Mais surtout une paix, une paix infinie
Comme dans un tableau hollandais ou flamand.

Du seuil jusqu’au salon & jusqu’à la cuisine,
Tout rassérène & plaît. Même on dirait qu’ici
Plats creux & pots ventrus ont plus hautaine mine,
Tant ils sont reluisants contre le mur noirci.

Soulevant les rideaux du doigt, elle se penche
Et regarde, malgré qu’on n’y puisse plus voir ;
Dans la pièce voisine elle a, de sa main blanche,
Tout préparé déjà pour le repas du soir.

Elle revient souffler les bûches dans les cendres,
Car le vent froid du nord redouble avec la nuit,
Et, sans cesse inventant de petits soins plus tendres,
Retourne sur la rue épier chaque bruit.

À la porte soudain elle court & s’empresse
D’aller ouvrir : « — Enfin, ce sont ses pas, c’est lui ! »
Il entre & c’est alors maint propos de tendresse :
« — Oh ! viens vite, mon Dieu ! qu’il est tard aujourd’hui ! »


Puis on se met à table & l’on rit & l’on cause
De tout ce qu’on a fait chacun de son côté,
On se répète encore, on redit même chose
Et l’on conte toujours quand on a tout conté.

Alors vient la veillée & le couple travaille,
L’un près de l’autre assis ; il écrit, elle coud.
Ils se taisent, à moins qu’en rêvant elle n’aille
À l’oreille, tout bas, lui dire tout à coup :

« — Écoute, j’ai pour toi dans l’âme une élégie :
« Tiens, prends-la, je l’ai faite à la chute du jour.
« Toi loin, quoi faire, moi ? je n’ai plus d’énergie
« Si ce n’est pour t’aimer & chanter mon amour ! »

Dans le cabinet sombre aux brunes boiseries,
Où la science est jointe à l’art pur, on n’entend
Que le doux bruit de voix des longues causeries,
De celles où le cœur se livre & se détend.

Et l’on voit maintenant en lumineuses trames
Les fils des rêves d’or se croiser autour d’eux,
Jusqu’à ce qu’unissant leurs lèvres & leurs âmes,
Vers Dieu le même élan les emporte tous deux !

dimanche, février 10 2013

Louisa SIEFERT - Immortalité

Louisa Siefert est né a Lyon en 1845 et morte a 32 ans de la tuberculose 

Elle a côtoyé Victor Hugo, Sainte Beuve ou Michelet. Ses poèmes connurent un grand succès en leur temps, mais après sa mort prématurée elle sombra vite dans l'oubli.

Elle est l'arrière grand tante du chanteur Renaud.



 
"C’était au lieu d’un chêne une forêt nouvelle."
VICTOR DE LAPRADE


Le chêne dans sa chute écrase le roseau,
Le torrent dans sa course entraîne l’herbe folle ;
Le passé prend la vie, et le vent la parole,
La mort prend tout : l’espoir et le nid et l’oiseau.

L’astre s’éteint, la voix expire sur les lèvres,
Quelqu’un ou quelque chose à tout instant s’en va.
Ce qui brûlait le cœur, ce que l’âme rêva,
Tout s’efface : les pleurs, les sourires, les fièvres.

Et cependant l’amour triomphe de l’oubli ;
La matière que rien ne détruit se transforme ;
Le gland semé d’hier devient le chêne énorme,
Un monde nouveau sort d’un monde enseveli.

Comme l’arbre, renaît le passe feuille à feuille,
Comme l’oiseau, le cœur retrouve sa chanson ;
L’âme a son rêve encore et le champ sa moisson,
Car ce que l’homme perd, c’est Dieu qui le recueille.