Cyberpoète

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samedi, juin 14 2014

Renaud - Deuxieme génération

AVT_Renaud_6576.jpegJ'm'appelle Slimane et j'ai quinze ans
J'vis chez mes vieux à La Courneuve
J'ai mon C.A.P. d'délinquant
J'suis pas un nul j'ai fait mes preuves
Dans la bande c'est moi qu'est l'plus grand
Sur l'bras j'ai tatoué une couleuvre.

J'suis pas encore allé en taule
Paraît qu'c'est à cause de mon âge
Paraît d'ailleurs qu'c'est pas Byzance
Que t'es un peu comme dans une cage
Parc'que ici tu crois qu'c'est drôle
Tu crois qu'la rue c'est les vacances.

J'ai rien à gagner, rien a perdre
Même pas la vie
J'aime que la mort dans cette vie d'merde
J'aime c'qu'est cassé
J'aime c'qu'est détruit
J'aime surtout c'qui vous fait peur
La douleur et la nuit.

J'ai mis une annonce dans Libé
Pour m'trouver une gonzesse sympa
Qui boss'rait pour m'payer ma bouffe
Vu qu'moi, l'boulot pour que j'y touche
Y m'faudrait deux fois plus de doigts
Comme quoi, tu vois, c'est pas gagné.

C'que j'voudrais, c'est être au chôm'du
Palper du blé sans rien glander
Pi comme ça, j's'rais à la sécu
J'pourrais grattos me faire remplacer
Toutes les ratiches que j'ai perdues
Dans des bastons qu'ont mal tourné.

J'ai rien à gagner, rien à perdre
Même pas la vie
J'aime que la mort dans cette vie d'merde
J'aime c'qu'est cassé
J'aime c'qu'est détruit
J'aime surtout tout c'qui vous fait peur
La douleur et la nuit...

J'ai même pas d'tunes pour m'payer d'l'herbe
Alors, je m'défonce avec c'que j'peux
Le trychlo, la colle à rustine
C'est vrai qu'des fois ça fout la gerbe
Mais pour le prix, c'est c'qu'on fait d'mieux
Et pi, ça nettoie les narines.

Le soir, on rôde sur les parkings
On cherche une B.M. pas trop ruinée
On l'emprunte pour une heure ou deux
On largue la caisse à la Porte Dauphine
On va aux putes, juste pour mater
Pour s'en souv'nir l'soir dans nos pieux.

J'ai rien à gagner, rien à perdre
Même pas la vie
J'aime que la mort dans cette vie d'merde
J'aime c'qu'est cassé
J'aime c'qu'est détruit
J'aime surtout tout c'qui vous fait peur
La douleur et la nuit...

Y'a un autr' truc qui m'branche aussi
C'est la musique avec des potes
On a fait un groupe de hard rock
On répète le soir dans une cave
Sur des amplis un peu pourris
Sur du matos un peu chourave.

'n a même trouvé un vieux débile
Qui voulait nous faire faire un disque
Ça a foiré parc'que c'minable
Voulait pas qu'on chante en kabyle
On y a mis la tête contre une brique
Que même la brique, elle a eu mal.

J'ai rien à gagner, rien à perdre
Même pas la vie
J'aime que la mort dans cette vie d'merde
J'aime c'qu'est cassé
J'aime c'qu'est détruit
J'aime surtout tout c'qui vous fait peur
La douleur et la nuit.

Des fois, j'me dis qu'à 3000 bornes
De ma cité, y'a un pays
Que j'connaîtrai sûr'ment jamais
Que p't'être c'est mieux, p't'être c'est tant pis
Qu'là-bas aussi, j's'rai étranger
Qu'là-bas non plus, je s'rai personne.

Alors, pour m'sentir appartenir
A un peuple, à une patrie
J'porte autour de mon cou sur mon cuir
Le keffieh noir et blanc et gris
Je m'suis inventé des frangins
Des amis qui crèvent aussi.

J'ai rien à gagner, rien à perdre
Même pas la vie
J'aime que la mort dans cette vie d'merde
J'aime c'qu'est cassé
J'aime c'qu'est détruit
J'aime surtout tout c'qui vous fait peur
La douleur et la nuit.

lundi, avril 22 2013

Renaud - Deuxième génération

renaud.jpgUne superbe chanson de Renaud, que vous pouvez écouter ici

J´m'appelle Slimane et j´ai quinze ans
J´ vis chez mes vieux à la Courneuve
J´ai mon C.A.P. de délinquant
J´ suis pas un nul j´ai fais mes preuves
Dans la bande c´est moi qu´est l´ plus grand
Sur l´ bras j´ai tatoué une couleuvre
J´ suis pas encore allé en taule
Parait qu´ c´est à cause de mon âge
Parait d´ailleurs qu´ c´est pas Byzance
Que c´est un peu comme dans une cage
Parce qu´ici tu crois qu´ c´est drôle
Tu crois qu´ la rue c´est des vacances

{Refrain :}
J´ai rien à gagner rien à perdre
Même pas la vie
J´aime que la mort dans cette vie d´ merde
J´aime c´ qu´est cassé c´est détruit
J´aime surtout tout c´ qu´y vous fait peur
La douleur et la nuit

J´ai mis une annonce dans Libé
Pour m´ trouver une gonzesse sympa
Qui bosserait pour m´ payer ma bouffe
Vu qu´ moi l´ boulot pour que j´y touche
Y m´ faudrait deux fois plus de doigts
Comme quoi tu vois c´est pas gagné
C´ que voudrai c´est être au chomdu
Palper du blé sans rien glander
Comme ça j´ serai à la sécu
J´ pourrai gratos me faire remplacer
Toutes les ratiches que j´ai perdu
Dans des bastons qu´ont mal tournées

J´ai même pas d´ thune pour m´ payer l´herbe
Alors j´ me défonce avec c´ que j´ peux
Le triclo, la colle à rustine
C´est vrai qu´ des fois, ça fout la gerbe
Mais pour le prix, c´est c´ qu´on fait d´ mieux
Et puis ça nettoie les narines
Le soir on rode sur des parkings
On cherche une BM pas trop ruinée
On l´emprunte pour une heure ou deux
On largue la caisse à la Porte Dauphine
On va aux pûtes juste pour mater
Pour s´en souvenir l´ soir dans notre pieu

Y a un autre truc qui m´ branche aussi
C´est la musique avec des potes
On a fait un groupe de hard rock
On répète le soir dans une cave
Sur des amplis un peu pourris
Sur du matos un peu chou-rave
On a même trouvé un vieux débile
Qui voulait nous faire faire un disque
ça a foiré parce que c´ minable
Voulait pas qu´on chante en kabyle
On n´y a mis la tête contre une brique
Que même la brique elle a eu mal

Des fois j´ me dis qu´à trois milles bornes
De ma cité y a un pays
Que j´ connaîtrai sûrement jamais
Que p´ t-être c´est mieux qu´ p´t-être c´est tant pis
Qu´ là-bas aussi j´ serai étranger
Qu´ là-bas non plus je serai personne
Alors pour m´ sentir appartenir
A un peuple à une patrie
J´ porte autour d´ mon cou, sur mon cuir
le keffieh noir et blanc et gris
J´ me suis inventé des frangins
Des amis qui crèvent aussi

lundi, février 26 2007

Renaud - Hexagone

Certains ayant la mémoire courte, cf les réactions à mon billet sur Diam's, voici un bon français qui "crachent au visage" de la France. :-D



Être révolté est une preuve de jeunesse, et surtout d'intelligence.
Qui peut accepter le monde tel qu'il est, avec sa corruption, a 20 ans si il n'est pas un imbécile mouton?
Qui peut accepter de revenir gaiement à l'époque de Germinal sans broncher, en courbant l'échine, en disant oui bwana patron..
Le malaise de la jeunesse actuel n'est pas nouveau, la différence c'est qu'a l'époque de Renaud existait encore un espoir (quoi qu'en disent les survivants punk).
Et puis n'oublions pas les Djeuns doivent en plus affronter le racisme ambiant, larvé d'une certaine catégorie de gas-bien-de-chez-nous.
Ce n'est pas une légende urbaine inventé par des islamo-gauchiste comme voudrait nous le faire croire certains.

Ceux qui voudrait faire taire la contestation ferait mieux de regarder autour d'eux et de consulter l'histoire de France.
Chez nous, le peuple ne se laisse pas berner longtemps... Et le peuple n'a pas toujours la couleur que voudrait certains.

Ecoutez bon peuple de France la voix de votre poète :








Jacques Dominé - Renaud


Ils s'embrassent au mois de Janvier,
car une nouvelle année commence,
mais depuis des éternités
l'a pas tell'ment changé la France.
Passent les jours et les semaines,
y a qu'le décor qui évolue,
la mentalité est la même :
tous des tocards, tous des faux culs.

Ils sont pas lourds, en février,
à se souvenir de Charonne,
des matraqueurs assermentés
qui fignolèrent leur besogne,
la France est un pays de flics,
à tous les coins d'rue y'en a 100,
pour faire règner l'ordre public
ils assassinent impunément.

Quand on exécute au mois d'mars,
de l'autr' côté des Pyrénées,
un arnachiste du Pays basque,
pour lui apprendre à s'révolter,
ils crient, ils pleurent et ils s'indignent
de cette immonde mise à mort,
mais ils oublient qu'la guillotine
chez nous aussi fonctionne encore.

Etre né sous l'signe de l'hexagone,
c'est pas c'qu'on fait d'mieux en c'moment,
et le roi des cons, sur son trône,
j'parierai pas qu'il est all'mand.

On leur a dit, au mois d'avril,
à la télé, dans les journaux,
de pas se découvrir d'un fil,
que l'printemps c'était pour bientôt,
les vieux principes du seizième siècle,
et les vieilles traditions débiles,
ils les appliquent tous à la lettre,
y m'font pitié ces imbéciles.

Ils se souviennent, au mois de mai,
d'un sang qui coula rouge et noir,
d'une révolution manquée
qui faillit renverser l'Histoire,
j'me souviens surtout d'ces moutons,
effrayés par la Liberté,
s'en allant voter par millions
pour l'ordre et la sécurité.

Ils commémorent au mois de juin
un débarquement d'Normandie,
ils pensent au brave soldat ricain
qu'est v'nu se faire tuer loin d'chez lui,
ils oublient qu'à l'abri des bombes,
les Francais criaient "Vive Pétain",
qu'ils étaient bien planqués à Londres,
qu'y avait pas beaucoup d'Jean Moulin.

Etre né sous l'signe de l'hexagone,
c'est pas la gloire, en vérité,
et le roi des cons, sur son trône,
me dites pas qu'il est portugais.

Ils font la fête au mois d'juillet,
en souv'nir d'une révolution,
qui n'a jamais éliminé
la misère et l'exploitation,
ils s'abreuvent de bals populaires,
d'feux d'artifice et de flonflons,
ils pensent oublier dans la bière
qu'ils sont gourvernés comme des pions.

Au mois d'août c'est la liberté,
après une longue année d'usine,
ils crient : "Vive les congés payés",
ils oublient un peu la machine,
en Espagne, en Grèce ou en France,
ils vont polluer toutes les plages,
et par leur unique présence,
abîmer tous les paysages.

Lorsqu'en septembre on assassine,
un peuple et une liberté,
au cœur de l'Amérique latine,
ils sont pas nombreux à gueuler,
un ambassadeur se ramène,
bras ouverts il est accueilli,
le fascisme c'est la gangrène
à Santiago comme à Paris.

Etre né sous l'signe de l'hexagone,
c'est vraiment pas une sinécure,
et le roi des cons, sur son trône,
il est français, ça j'en suis sûr.

Finies les vendanges en octobre,
le raisin fermente en tonneaux,
ils sont très fiers de leurs vignobles,
leurs "Côtes-du-Rhône" et leurs "Bordeaux",
ils exportent le sang de la terre
un peu partout à l'étranger,
leur pinard et leur camenbert
c'est leur seule gloire à ces tarrés.

En Novembre, au salon d'l'auto,
ils vont admirer par milliers
l'dernier modèle de chez Peugeot,
qu'ils pourront jamais se payer,
la bagnole, la télé, l'tiercé,
c'est l'opium du peuple de France,
lui supprimer c'est le tuer,
c'est une drogue à accoutumance.

En décembre c'est l'apothéose,
la grande bouffe et les p'tits cadeaux,
ils sont toujours aussi moroses,
mais y a d'la joie dans les ghettos,
la Terre peut s'arrêter d'tourner,
ils rat'ront pas leur réveillon;
moi j'voudrais tous les voir crever,
étouffés de dinde aux marrons.

Etre né sous l'signe de l'hexagone,
on peut pas dire qu'ca soit bandant
si l'roi des cons perdait son trône,
y aurait 50 millions de prétendants.

- Texte soumis aux Droits d'Auteur - Réservé à un usage privé ou éducatif.