Qui ne connais pas Prevert ? On a tous appris quelques uns de ses poèmes les plus connus, mais a l'instar de Jean de la Fontaine, qui a lu ses recueils de poésie ?

En 1946 était publié son premier livre "Paroles", un ensemble de poèmes issue de textes publié dans diverses revues de poésie et rassemblé par René Bertelé avec l'accord du poètes? 

Le livre de poésie eut un succès immédiat et atteint des records de vente pour un recueil de poésie (plus de 25000 exemplaires vendu la première année).

Prévert est un certainement le poète français le plus lu. Mais c'est aussi le scénariste du cinéma français de 1935 a 1946, et c'est surement grace a cette activité que a eu un tel écho. Nombres de films auquel il a collaboré sont devenu des classiques du cinéma Français.

Histoire du Cheval

Braves gens écoutez ma complainte

écoutez l’histoire de ma vie
c’est un orphelin qui vous parle
qui vous raconte ses petits ennuis
hue donc…

Un jour un général
ou bien c’était une nuit
un général eu donc
deux chevaux tués sous lui.
ces deux chevaux c’étaient
hue donc…
que la vie est amère
c’étaient mon pauvre père
et puis ma pauvre mère
qui c’étaient cachés sous le lit
sous le lit du général qui
qui s’était caché à l’arrière
dans une petite ville du Midi.
Le général parlait
parlait tout seul la nuit
parlait en général de ses petits ennuis
et c’est comme ça que mon père
et c’est comme ça que ma mère
hue donc…
une nuit sont morts d’ennui.

Pour moi la vie de famille était déjà finie
sortant de la table de nuit
au grand galop je m’enfuis
je m’enfuis vers la grande ville
où tout brille et tout luit
en moto j’arrive à Sabi en Paro
excusez-moi je parle cheval
un matin j’arrive à Paris en sabots
je demande à voir le lion
le roi des animaux
je reçois un coup de brancard
sur le coin du naseau
car il y avait la guerre
la guerre qui continuait
on me colle des œillères
me v’là mobilisé
et comme il y avait la guerre
la guerre qui continuait
la vie devenait chère
les vivres diminuaient
et plus il diminuaient
plus les gens me regardaient
avec un drôle de regard
et les dents qui claquaient
ils m’appelaient beefsteak
je croyais que c’était de l’anglais
hue donc…
tous ceux qu’étaient vivants
et qui me caressaient
attendaient que j’sois mort
pour pouvoir me bouffer.
Une nuit dans l’écurie
une nuit où je dormais
j’entends un drôle de bruit
une voix que je connais
c’était le vieux général
le vieux général qui revenait
qui revenait comme un revenant
avec un vieux commandant
et ils croyaient que je dormais
et ils parlaient très doucement.
Assez assez de riz à l’eau
nous voulons manger de l’animau
y a qu’à lui mettre dans son avoine
des aiguilles de phono.
Alors mon sang ne fit qu’un tour
comme un tour de chevaux de bois
et sortant de l’écurie
je m’enfuis dans les bois.

Maintenant la guerre est finie
et le vieux général est mort
est mort dans son lit
mort de sa belle mort
mais moi je suis vivant et c’est le principal
bonsoir
bonne nuit
bon appétit mon général

(extrait de Paroles)

Le tendre et dangereux visage de l'amour

Le tendre et dangereux
visage de l’amour
m’est apparu un soir
après un trop long jour
C’était peut-être un archer
avec son arc
ou bien un musicien
avec sa harpe
Je ne sais plus
Je ne sais rien
Tout ce que je sais
c’est qu’il m’a blessée
peut-être avec une flèche
peut-être avec une chanson
Tout ce que je sais
c’est qu’il m’a blessée
blessée au coeur
et pour toujours
Brûlante trop brûlante
blessure de l’amour.

(extrait de Histoire)

Pater Noster

Notre Père qui êtes aux cieux
Restez-y
Et nous nous resterons sur la terrre
Qui est quelquefois si jolie
Avec ses mystères de New York
Et puis ses mystères de Paris
Qui valent bien celui de la Trinité
Avec son petit canal de l’Ourcq
Sa grande muraille de Chine
Sa rivière de Morlaix
Ses bêtises de Cambrai
Avec son Océan Pacifique
Et ses deux bassins aux Tuilleries
Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets
Avec toutes les merveilles du monde
Qui sont là
Simplement sur la terre
Offertes à tout le monde
Éparpillées
Émerveillées elles-même d’être de telles merveilles
Et qui n’osent se l’avouer
Comme une jolie fille nue qui n’ose se montrer
Avec les épouvantables malheurs du monde
Qui sont légion
Avec leurs légionnaires
Aves leur tortionnaires
Avec les maîtres de ce monde
Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres
Avec les saisons
Avec les années
Avec les jolies filles et avec les vieux cons
Avec la paille de la misère pourrissant dans l’acier des canons.

(Extrat de Paroles)