Le testament
(Paroles et musique: Georges Brassens, 1954)

Je serai triste comme un saule
Quand le Dieu qui partout me suit
Me dira, la main sur l´épaule
"Va-t´en voir là-haut si j´y suis"
Alors, du ciel et de la terre
Il me faudra faire mon deuil
Est-il encor debout le chêne
Ou le sapin de mon cercueil

S´il faut aller au cimetière
J´prendrai le chemin le plus long
J´ferai la tombe buissonnière
J´quitterai la vie à reculons
Tant pis si les croqu´-morts me grondent
Tant pis s´ils me croient fou à lier
Je veux partir pour l´autre monde
Par le chemin des écoliers

Avant d´aller conter fleurette
Aux belles âmes des damnées
Je rêv´ d´encore une amourette
Je rêv´ d´encor m´enjuponner
Encore un´ fois dire: "Je t´aime"
Encore un´ fois perdre le nord
En effeuillant le chrysanthème
Qui est la marguerite des morts

Dieu veuill´ que ma veuve s´alarme
En enterrant son compagnon
Et qu´pour lui fair´ verser des larmes
Il n´y ait pas besoin d´oignon
Qu´elle prenne en secondes noces
Un époux de mon acabit
Il pourra profiter d´mes bottes
Et d´mes pantoufl´s et d´mes habits

Qu´il boiv´ mon vin, qu´il aim´ ma femme
Qu´il fum´ ma pipe et mon tabac
Mais que jamais - mort de mon âme
Jamais il ne fouette mes chats
Quoique je n´aie pas un atome
Une ombre de méchanceté
S´il fouett´ mes chats, y a un fantôme
Qui viendra le persécuter

Ici-gît une feuille morte
Ici finit mon testament
On a marque dessus ma porte
"Fermé pour caus´ d´enterrement"
J´ai quitté la vie sans rancune
J´aurai plus jamais mal aux dents
Me v´là dans la fosse commune
La fosse commune du temps