René Daumal, né en 1908  fait parti de ces poètes inclassables, qui écrivent leur œuvres en dehors des mouvement littéraire, tout en étant fortement marqué par leur époque.

Toute sa vie fut une quête métaphysique qu'il commença à la manière de Rimbaud, en cherchant "le dérèglement des sens".
Très tôt en effet il s'essaya avec quelques amis à une littérature novatrice. Il fonde la revue littéraire "le Grand Jeu" avec Roger-Gilbert Lecomte, Roger Vailland et le peintre josef Sima.

Sorte de hippie avant l'heure, il s’intéresse de très près à l'inde, s'adonnent au drogues et suit un temps la doctrine de Gurdjeff, une figure de l’ésotérisme.

Il vit d’expédient, traduisant des textes anglais ou sanskrit, écrivant des chroniques pour la NRF ou des revue de pataphysique.
 
Vivant dans une grande pauvreté, Sans domicile fixe, et atteint de tuberculose,  Il meurt en 1944.


L'ERRANT

Il courait, il courait, le malheureux,
sous la lune et dans les cendres,
son pied glissait sur les plages
et la forêt vierge arrachait ses cheveux.

Il courait, il courait comme un fou,
gesticulant de ses longs membres noirs;
la neige pénétrait son sang,
le sable sa cervelle.

Dans chaque capitale il trouvait des amis
au fond d'un café des faubourgs,
ils l'embrassaient, lui donnaient de l'alcool,
des cigares et des femmes aux yeux bêtes.

Il caressait leurs cheveux,
il mangeait une assiettée de soupe et s'en allait,
ses grands bras ridicules
levés vers un ciel gris et jaune.

Ah! qu'il en avait des amis, des amis,
de vrais amis de par le monde,
il courait, il courait sur les routes et les plages,
parce que ce n'était jamais cela.

Il court encore, mes amis, mes amis,
ne prenez pas cet air stupide,
un oeil de trop, un nez de moins,
et chaque fois le tableau est manqué.

Il court, il court, et dans les bars des faubourgs,
on discute de son cas;
les piles d'assiettes tombent des bras des servantes, chacun rentre chez soi seul, se mordant les lèvres.

Il tourne, il tourne, mes amis,
à s'en rompre les artères.